Près de 700 civils ont été tués par des frappes de drones en trois mois au Soudan, selon l’ONU. À l’approche du quatrième anniversaire du conflit, la crise humanitaire atteint un niveau sans précédent.
Près de 700 civils ont été tués entre janvier et mars 2026 dans des frappes de drones au Soudan, a annoncé le 14 avril Organisation des Nations unies. L’information a été rendue publique par Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.
Dans un communiqué, il souligne que « le sombre anniversaire » du conflit, déclenché le 15 avril 2023, marque une nouvelle année d’échec pour la communauté internationale. Ces frappes, de plus en plus fréquentes, illustrent une escalade technologique du conflit opposant l’armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide.
Selon l’ONU, ces attaques sont de plus en plus indiscriminées, touchant des zones civiles, y compris des marchés et des habitations. Les drones contribuent à étendre le champ de bataille, rendant pratiquement impossible toute distinction entre zones de combat et zones sûres.
La plus grave crise humanitaire au monde
Le Soudan est aujourd’hui considéré par l’ONU comme la plus grave crise humanitaire au monde. Près de 34 millions de personnes — soit environ deux tiers de la population — ont besoin d’une aide d’urgence.
Depuis le début de la guerre en 2023, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, tandis que plus de 11 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou ont fui vers les pays voisins.
Plus de 21 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, et plusieurs zones, notamment au Darfour, basculent progressivement dans la famine.
Les enfants sont parmi les plus touchés : plus de 4,2 millions risquent de souffrir de malnutrition en 2026, dont plus de 800 000 dans un état sévère.
Les infrastructures sont largement détruites. Le système de santé est proche de l’effondrement, tandis que des millions d’enfants sont privés d’éducation. À cela s’ajoutent des violations massives des droits humains telles que violences sexuelles systématiques, disparitions forcées et exécutions.
Malgré l’ampleur de la catastrophe, la réponse humanitaire reste largement sous-financée, freinant l’accès à l’aide pour des millions de personnes.
Des civils qui meurent plus que des hommes en uniforme
La guerre au Soudan confirme une tendance historique lourde. Depuis le XXe siècle, les civils sont devenus les principales victimes des conflits armés.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, environ 40 à 50 millions de civils ont péri sur un total d’environ 70 millions de morts. Pendant la guerre du Vietnam, près de 2 millions de civils ont été tués, soit bien plus que les pertes militaires américaines.
Dans les guerres récentes en République démocratique du Congo depuis 1998, on estime à plus de 5 millions le nombre de morts, majoritairement des civils victimes indirectes, notamment de la faim et des maladies.
Cette évolution s’explique par la nature des conflits contemporains qui sont de plus en plus urbanisés. Aussi, l’effondrement des structures étatiques et l’usage d’armes de plus en plus destructrices et imprécises sont d’autres facteurs.
Au Soudan, l’usage massif de drones marque une nouvelle étape : la guerre devient plus diffuse, plus imprévisible, et surtout plus meurtrière pour les populations civiles.
Face à cette dérive, l’ONU appelle à un cessez-le-feu immédiat et à une mobilisation internationale accrue pour éviter une catastrophe encore plus vaste.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU