Le décès d’Edmond Amoussou, président de l’Association des dialysés du Bénin, sonne comme un cri d’alarme. Derrière l’hommage, la réalité qui persiste est celle de patients livrés à une lutte quotidienne pour survivre. Et si rien ne change, combien d’autres vies faudra-t-il encore perdre dans le rang des dialysés ?
La disparition d’Edmond Amoussou, survenue le 9 avril 2026, dépasse le cadre d’un simple deuil. Elle met à nu une tragédie silencieuse qui se joue depuis des années au Bénin : celle des personnes atteintes d’insuffisance rénale, condamnées à survivre dans un système de santé encore insuffisamment adapté à leur prise en charge.
En effet, pendant des années, l’homme s’est battu. Non pas seulement contre la maladie qui le rongeait, mais aussi contre les inégalités d’accès aux soins. À la tête de l’Association des dialysés du Bénin, il était devenu une voix, un symbole, un relais entre des patients souvent oubliés et des autorités parfois sourdes à leurs appels. Aujourd’hui, cette voix s’est éteinte. Et avec elle, une inquiétude grandit : celle d’un combat qui risque de s’essouffler. Car la réalité est implacable. Malgré les efforts consentis par l’État, notamment avec la prise en charge de 80 % des coûts de dialyse, les 20 % restants constituent encore un fardeau écrasant pour de nombreux patients. Dans un contexte socio-économique fragile, ces dépenses répétitives deviennent insoutenables. Se soigner ou nourrir sa famille ? Vivre ou s’endetter ? Le dilemme est cruel, presque inhumain.
La mort d’Edmond Amoussou n’est donc pas qu’un symbole. Elle est aussi un avertissement. Celui d’un système où même les plus engagés, même les plus résilients, finissent par succomber. Et si un leader, entouré, informé et combatif, n’a pas pu tenir face à cette réalité, qu’en est-il des anonymes, de ceux qui souffrent dans l’ombre ? Faut-il alors s’attendre à une succession de drames silencieux ? La question dérange, mais elle mérite d’être posée. Car sans une réforme profonde et urgente de la prise en charge, chaque patient dialysé au Bénin reste en sursis. Chaque séance de dialyse devient une épreuve, chaque facture une angoisse, chaque jour une victoire fragile contre la mort.
Mais au-delà du constat, une autre interrogation s’impose : qui pour reprendre le flambeau ? Qui pour porter la voix des dialysés avec la même détermination, la même constance, la même force de conviction ? L’absence d’un leadership fort pourrait fragiliser davantage une communauté déjà vulnérable.
Il appartient désormais aux autorités de transformer l’émotion en action. Revoir à la hausse la prise en charge, investir dans les infrastructures, alléger durablement le coût des soins : autant de mesures qui ne peuvent plus attendre. Car derrière les chiffres, il y a des vies.
Et si rien n’est fait, le risque est grand de voir les dialysés disparaître, un à un, dans l’indifférence. Edmond Amoussou est parti. Mais son combat, lui, ne doit pas mourir.
Gildas AHOGNI