Au lendemain des élections générales, la scène politique béninoise continue d’alimenter les débats. Le cas le plus récent est la démission annoncée de Abdoulaye Bio Tchané de son siège à l’Assemblée nationale pour le compte de la 10ème législature. Une décision qui, bien qu’officiellement assumée, soulève de nombreuses interrogations quant à ses véritables motivations et surtout à ses implications dans la configuration du prochain gouvernement.
C’est désormais un secret de polichinelle. Le ministre d’État en charge du Plan et du Développement, Abdoulaye Bio Tchané ne siègera pas à l’Assemblée nationale. Profitant de l’ouverture de la première session ordinaire, il a choisi de présenter sa démission laissant ainsi la place à son suppléant. Un geste loin d’être anodin dans un contexte politique marqué par l’élection d’un nouveau président de la République et par une recomposition imminente du pouvoir exécutif, cache bien de choses. Par cet acte, Abdoulaye Bio Tchané tourne résolument le dos à une carrière parlementaire avec beaucoup de privilèges.
Contrairement à certains de ses collègues qui ont opté pour le mandat législatif ou une suspension stratégique de leur mandat, il a fait le choix clair d’un refus définitif de l’hémicycle. Une posture qui traduit une certaine assurance quant à son avenir politique, car elle s’inscrit dans une logique bien calculée. Il serait en effet difficile de comprendre qu’un acteur politique de son envergure, ancien candidat à la présidentielle de 2016, accepte d’abandonner un mandat de sept ans avec tous les avantages qu’il confère pour rester dans un gouvernement en fin de cycle, sans perspectives solides.
À moins, bien sûr, qu’il ne dispose déjà de garanties sérieuses quant à sa reconduction. Élu président de la République à l’issue du scrutin du 12 avril 2026, Romuald Wadagni, le successeur de Patrice Talon s’apprête à former sa toute première équipe gouvernementale. Un exercice délicat qui nécessitera un savant dosage entre renouvellement et expérience. Dans cette perspective, il serait judicieux pour le nouveau chef de l’État de s’appuyer sur des figures expérimentées capables de garantir la continuité de l’action gouvernementale.
Et à ce jeu, Abdoulaye Bio Tchané apparaît comme un profil de choix. Son parcours, sa connaissance des rouages de l’État et son rôle central dans la coordination de l’action gouvernementale sous Patrice Talon plaident en sa faveur. Dès lors, sa démission de l’Assemblée nationale prend une tout autre dimension. Elle ne serait plus simplement un choix personnel, mais bien un signal annonciateur d’un repositionnement stratégique au sein de l’appareil exécutif à venir. Autrement dit, un indice presque évident de sa probable reconduction dans le premier gouvernement de Romuald Wadagni.
Quoi qu’il en soit, cette décision illustre une fois de plus les détails du jeu politique béninois, où chaque acte peut cacher des calculs bien plus profonds. Et si les résultats venaient confirmer ces analyses, la démission de Abdoulaye Bio Tchané apparaîtrait alors comme un simple prélude à une continuité stratégique au sommet de l’État.
Mohamed Yèkini