Face aux défis environnementaux et économiques actuels, l’économie circulaire s’impose comme une alternative au modèle linéaire « extraire, produire, jeter ». Pour le Bénin, marqué par une croissance urbaine soutenue et une pression accrue sur les ressources naturelles, ce modèle représente une opportunité stratégique, à condition de s’appuyer sur la recherche scientifique et l’innovation.
L’économie circulaire vise à optimiser l’usage des ressources en favorisant la réutilisation, la réparation et le recyclage. Au Bénin, certaines pratiques informelles – notamment dans la récupération, la seconde main ou la réparation d’équipements – s’inscrivent déjà dans cette logique. Toutefois, elles restent encore peu structurées et insuffisamment intégrées dans des politiques publiques à grande échelle.
Plusieurs défis illustrent l’urgence de cette transition. La gestion des déchets urbains, notamment à Cotonou et dans le Grand Nokoué, constitue un enjeu majeur face à l’augmentation rapide des volumes et à la saturation des infrastructures. Par ailleurs, le secteur agricole, pilier de l’économie béninoise, génère d’importants résidus (issus notamment du coton, du maïs ou du palmier à huile) encore peu valorisés, alors qu’ils pourraient servir à produire de l’énergie, des fertilisants organiques ou des matériaux biosourcés.
Dans ce contexte, la recherche scientifique joue un rôle clé. Au Maroc, à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), les travaux en économie circulaire s’appuient notamment sur l’analyse du cycle de vie, un outil permettant d’évaluer les impacts environnementaux des produits et d’identifier des solutions adaptées aux réalités locales.
Dans le secteur de la construction, par exemple, la valorisation de sous-produits agricoles ou industriels ouvre la voie à des matériaux plus durables et moins émetteurs de carbone/. Ces innovations sont particulièrement pertinentes pour accompagner le développement urbain rapide, aussi bien au Maroc qu’au Bénin.
Au-delà des innovations technologiques, l’un des enjeux majeurs au Bénin réside dans l’intégration des acteurs informels – récupérateurs, artisans, petites entreprises – dans des modèles structurés et inclusifs. De même, le renforcement des compétences et les partenariats entre institutions africaines et internationales sont essentiels pour accompagner cette transition et former une nouvelle génération d’experts.
Les entreprises béninoises ont également un rôle déterminant à jouer, en adoptant des pratiques d’écoconception et en valorisant leurs déchets. Les pouvoirs publics, quant à eux, peuvent accélérer cette dynamique à travers des politiques incitatives et des cadres réglementaires adaptés. La sensibilisation des citoyens reste enfin indispensable pour encourager des modes de consommation plus durables.
Dans cette dynamique, la valorisation de la recherche scientifique est cruciale. C’est tout l’objectif de la Science Week organisée cette semaine sur le campus de Benguerir de l’UM6P. Cet événement mettra en lumière le rôle de la science dans la transition vers des modèles économiques plus durables, tout en favorisant les échanges entre chercheurs, décideurs et acteurs économiques à l’échelle du continent africain.
Le Maroc dispose d’atouts importants pour réussir cette transition : une jeunesse dynamique, un écosystème entrepreneurial en pleine évolution et des ressources naturelles diversifiées. En partageant ces expériences et en renforçant les coopérations africaines, notamment avec le Bénin, il est possible de transformer des défis communs en opportunités concrètes et de s’engager résolument vers un développement durable, résilient et inclusif.
Par Safaa Mabroum, Enseignante-chercheure à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P)
Qui est Safaa Mabroum ?
Safaa Mabroum est une chercheuse marocaine et maîtresse de conférences. Elle est spécialisée dans l’évaluation environnementale et l’analyse du cycle de vie à l’Université Mohammed VI Polytechnique. Ses travaux abordent des enjeux majeurs liés à la durabilité et soutiennent la transition vers des systèmes industriels circulaires et à faibles émissions de carbone.
Elle est titulaire d’un doctorat portant sur la valorisation des sous-produits des mines de phosphate grâce à la technologie d’activation alcaline pour des applications dans la construction. Cette recherche a impliqué des partenariats internationaux au Maroc, en Espagne et au Canada. Elle a ensuite poursuivi ses recherches à l’Université de Pise, dans le cadre d’un projet européen (EU-HORIZON CONSTRUCT), se concentrant sur la manière dont les chaînes de valeur de l’économie circulaire peuvent contribuer à atteindre la neutralité carbone dans le secteur de la construction.
Son expertise comprend l’analyse du cycle de vie, les stratégies d’économie circulaire et la gestion durable des chaînes d’approvisionnement, avec un accent particulier sur le développement de solutions industrielles efficaces en ressources et respectueuses de l’environnement.