À Cape Town, la journée annuelle d’étude de l’Institut de l’Être a placé la « raison d’être » au cœur des réflexions stratégiques pour les entreprises. Entre transformation du capitalisme, quête de sens et exigences de performance, l’institution entend accompagner les organisations dans une mutation durable et structurante. C’était dans l’élégance feutrée du Golf de Rondebosch.
Le capitalisme est appelé à se réinventer. C’est l’objectif que poursuit l’Institut de l’Être en plaçant la raison d’être des entreprises au centre de sa journée annuelle d’étude. Plus qu’un thème,c’est une orientation stratégique qui vise à accompagner les organisations dans la formalisation de leur identité, de leur impact et de leur rôle dans la société.
En effet, au Golf de Rondebosch, à Cape Town, l’Institut de l’Être a réuni acteurs économiques et penseurs du management autour d’une conviction forte. Celle de l’entreprise qui ne peut plus se définir uniquement par sa performance financière. Dans une Afrique du Sud marquée par l’héritage de Nelson Mandela, symbole d’un leadership orienté par la dignité humaine, la rencontre a donné le ton d’une réflexion centrée sur le sens et la responsabilité.
Le thème retenu : la raison d’être de l’entreprise s’inscrit dans une dynamique mondiale. Depuis plusieurs années, la question arpente les débats économiques, notamment après les réflexions relayées par la Harvard Business Review sur la finalité des organisations au-delà du profit. Mais pour l’Institut de l’Être, l’enjeu dépasse la théorie. Il s’agit d’un chantier stratégique concret. L’ambition de l’Institut est de faire de la raison d’être un outil opérationnel, capable de transformer la manière dont les entreprises se définissent, se gouvernent et prennent leurs décisions. Il ne s’agit pas de produire une déclaration d’intention ou un slogan, mais de construire une boussole stratégique. Car une entreprise qui connaît sa raison d’être sait à quel besoin profond elle répond. Elle peut arbitrer ses priorités, orienter ses investissements et aligner sa gouvernance sur une vision cohérente. La performance économique reste essentielle, mais elle s’inscrit alors dans une trajectoire lisible et assumée.
De ce fait, l’Institut de l’Être entend jouer un rôle d’accompagnateur. À travers ses journées d’étude, ses travaux et ses interventions, il cherche à vulgariser un concept encore perçu comme abstrait et à le traduire en pratiques concrètes. Cette approche se distingue des postures idéologiques. Pour l’Institut, il ne s’agit pas d’opposer l’être à l’avoir. Le capital, la rentabilité et la performance sont indispensables à la survie des entreprises. Mais la finalité, le sens et la contribution sociétale donnent direction et cohérence à l’action économique. L’un ne remplace pas l’autre ; ils se complètent.
Il faut retenir que des organisations ont déjà amorcé ce virage. Ecobank, par exemple, se définit comme la banque panafricaine, un positionnement qui structure son expansion et son modèle de gouvernance. Ce type de démarche illustre le fait que l’Institut souhaite encourager des entreprises conscientes de leur rôle et capables de l’assumer stratégiquement.
L’objectif est donc double. D’une part, aider les organisations à formuler clairement leur raison d’être. D’autre part, les accompagner dans sa déclinaison concrète : planification stratégique, investissements, culture interne, choix managériaux. Car une raison d’être non traduite en actions reste symbolique ; intégrée aux opérations, elle devient un levier de transformation.
La journée annuelle de l’Institut de l’Être s’inscrit précisément dans cette perspective. Elle ne se limite pas à nourrir le débat intellectuel. Elle trace la voie d’un capitalisme plus conscient, où la performance se conjugue avec le sens, et où la raison d’être devient un pilier stratégique autant qu’un facteur de légitimité durable.
Gildas AHOGNI