Yaoundé reconnaît officiellement pour la première fois des pertes parmi ses citoyens impliqués dans la guerre en Ukraine. Une affaire qui met en lumière l’ampleur du recrutement controversé d’Africains par l’armée russe.
Le gouvernement camerounais a confirmé, lundi 6 avril 2026, la mort de seize de ses ressortissants engagés dans les rangs de l’armée russe en Ukraine. L’annonce, faite par le ministère des Relations extérieures, marque une première pour le pays, jusque-là discret sur l’implication de ses citoyens dans ce conflit déclenché en février 2022 par Vladimir Poutine.
Selon les autorités, ces décès ont été signalés par une note verbale de l’ambassade de Russie à Yaoundé, reçue le 5 mars. Les victimes auraient péri en « zone d’opération militaire spéciale », terminologie utilisée par Moscou pour désigner la guerre en Ukraine. Ni les circonstances exactes ni les dates de leur mort n’ont été précisées. Les noms des défunts ont toutefois été diffusés sur les ondes de la radio nationale, et les familles invitées à se rapprocher des autorités.
Un phénomène préoccupant pour Yaoundé
Le gouvernement camerounais a rappelé qu’il ne déploie pas officiellement de troupes à l’étranger en dehors de cadres internationaux. Déjà en mars 2025, des inquiétudes avaient été exprimées face à des départs de soldats vers le front ukrainien. Les autorités avaient alors demandé un renforcement de la surveillance au sein des unités militaires.
Au-delà du cas camerounais, cette situation s’inscrit dans un phénomène plus large touchant plusieurs pays africains. De nombreux ressortissants sont recrutés sur la base de promesses d’emplois civils, avant d’être contraints de signer des contrats militaires une fois arrivés en Russie.
Des combattants en première ligne
Selon plusieurs experts, ces recrues étrangères sont souvent déployées dans les zones les plus dangereuses du front. Elles seraient utilisées pour des missions à haut risque, notamment pour repérer les positions adverses. Une pratique dénoncée par des observateurs internationaux qui évoquent une instrumentalisation de ces combattants, parfois qualifiés de « chair à canon ».
Une enquête du collectif All Eyes On Wagner, publiée en février 2026, estimait déjà à plusieurs centaines le nombre d’Africains morts dans ce conflit entre 2023 et mi-2025. Le Cameroun y apparaissait comme le pays le plus touché, avec 94 décès recensés sur 335 combattants issus de 35 pays.
Cette reconnaissance officielle par Yaoundé pourrait ouvrir la voie à une prise de conscience continentale. Toutefois, plusieurs États africains concernés n’ont, jusqu’à présent, engagé aucune démarche diplomatique pour enquêter sur ces recrutements et leurs conséquences.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU