-Des affaires non résolues, des échecs de Talon
En prêtant serment le 6 Avril 2016 au stade Charles De Gaule à Porto Novo, le président Patrice Talon a promis devant micros, caméras et le peuple béninois qu’il ferait « le job » en 5 ans. Haut et forte, il a clamé qu’il va résoudre, pour le bien des béninois, les équations que le président Boni Yayi qu’il remplaçait à la tête du pays, n’aurait pas pu résoudre. Aussi grands, importants, vitaux que sulfureux qu’ils sont, les problèmes que devrait régler le chantre de la rupture en 5 ans, préoccupaient et préoccupent encore profondément les béninois. 10 ans après, tous ces problèmes sont restés sans solution.
Patrice Talon laisse le pouvoir dans quelques jours. D’ailleurs, il a eu à présider son dernier conseil des ministres mercredi dernier. Pendant qu’il quitte La Marina, les attentes des populations sont toujours grandes sur certains points. Entre promesses non tenues et grands dossiers jamais élucidés, la déception est palpable et visible chez les populations qui attendaient Patrice Talon sur ces points qu’il a promis de résoudre définitivement pendant la campagne électorale.
La première grosse promesse faite et non tenue par le président Patrice Talon est le non respect de sa parole donnée. A sa prise de pouvoir il a promis faire un seul mandat avant que chemin faisant, il ravale ses propos et promet aviser au terme des cinq années de pouvoir. Finalement, non seulement il a fait deux mandats, mais pire, il s’est donné un bonus de 45 jours sur les 10 ans que la Constitution de 1990 lui permettait de faire à la tête du pays. De manière subtile, Patrice Talon a fait plus que deux quinquennats.
L’énergie électrique, l’autre gros échec
En matière de fourniture de l’énergie électrique, le régime de la rupture avait également promis de débarrasser le Bénin des coupures intempestives et du délestage dans lesquels végétait le pays et qui paralysaient les activités économiques des béninois. En 2016, le gouvernement du président Patrice Talon a annoncé publiquement vouloir les mois suivant l’investiture du successeur de Boni Yayi, favoriser l’accès à l’énergie électrique et à moindre coût à tous les béninois même mieux que la Chine à qui le Bénin pourrait en vendre. Dès lors, beaucoup de milliards de francs Cfa ont été injectés dans ce secteur pour des raccordements, l’achat et la location de groupes électrogènes de grandes capacités et même des turbines à gaz avec des puissances qui devraient soulager complètement les peines des béninois dans ce secteur.
Des réformes, pas des moindres, ont été faites au sein de la Société Béninoise de l’Energie Électrique (Sbee) avec la création de la Société béninoise de production électrique. La turbine à gaz de Maria Gleta installée par le régime du président Boni Yayi à plus de 45 milliards de francs Cfa a été abandonnée aux souris, cafards, chauves souris et autres reptiles dans la brousse sous prétexte qu’elle ne répondait pas aux besoins. Une vaste campagne de désinformation a été lancée à cet effet. Dix ans après les promesses électorales auxquelles ont, sérieusement cru les béninois, le problème qui a coûté des dizaines de milliards au contribuable demeure et la gangrène pue pire qu’en 2016. L’électricité coûte plus chère mais les coupures et le délestage sont plus récurrents. Patrice Talon et son régime n’ont jamais pu relever la pente. Les Béninois qui ont longtemps cru qu’ils auront l’énergie électrique à satiété sont plus que déçus. Il ne se passe plus une nuit sans coupure électrique.
L’affaire Dangnivo, le grand mensonge
Où se trouve Urbain Dangnivo ? Qui sont les auteurs de son assassinat ? À ce jour, personne ne pourra répondre à ces interrogations. En 2016, Patrice Talon et ses partenaires politiques ont également promis retrouver Urbain Dangnivo, ce fonctionnaire syndicaliste du ministère de l’économie et des finances disparu sous le régime du président Boni Yayi accusé en son temps, d’être l’auteur du scandale. Même après un procès pompeusement médiatisé, les béninois ignorent toujours si Urbain Dagnivo vit encore, s’il est mort ou qui est le véritable auteur de sa disparation. Sous le régime Yayi, son corps aurait été retrouvé, mais la politique a réfuté cette version. La rupture en a fait, à son bon vouloir, son objet de propagande.
Le remboursement des victimes Icc- Services n’arrivera jamais
Le même scénario a été observé dans la gestion de l’affaire Icc-Services. Cette affaire a plongé des milliers de béninois spoliés dans la douleur. Chose normale pour tout gouvernement responsable, le régime Patrice Talon a promis de faire rembourser les victimes de l’anarque. Ici aussi, un long et ennuyeux procès a été organisé avec grand renfort médiatique pour faire porter le chapeau du drame à l’ancien chef de l’État béninois au lieu d’amener les auteurs à rembourser leurs victimes. Au finish, aucune victime ne sera remboursée, mais les auteurs mis en prison par Boni Yayi recouvrent leur liberté et se la coulent douce. Chose malheureuse, les biens des auteurs de cette grosse anarque ont été vendus. Bien malin qui pourra répondre où se trouvent les sous issus des différentes ventes.
Quid des machines agricoles et du siège de l’Assemblée Nationale ?
Éclatée sous le régime Yayi en 2008, l’affaire des machines agricoles concerne un scandale de détournement et de mauvaise gestion de près de vingt milliards de francs Cfa. Le régime Talon a promis faire la lumière sur ce dossier qui a fait couler assez d’encre et de salive. A l’arrivée, rien n’eu fit. Le dossier n’a pas bougé d’un seul trait et les auteurs seraient tous tapis dans le régime qui égraine ses derniers jours à la tête du pays. D’ailleurs, le silence observé sur ce dossier serait dû au fait que nombre de ceux qui sont impliqués sont rupturiens. L’un des auteurs très impliqués a été même nommé ministre conseiller.
A l’entrée de la ville capitale Porto Novo, un grand chantier longeait la voie pour accueillir la représentation nationale mais après plusieurs milliards engloutis, les travaux ont été arrêtés et l’édifice rasé. Seulement toutes les accusations de corruption, mauvaise gestion et détournement des milliards prévus pour le chantier n’ont jamais été élucidées. A l’Assemblée nationale, les débats de poursuite judiciaire des députés et ministres impliqués dans ce scandale financier ont été vite bouclés. L’un des principaux auteurs de cette magouille est resté dans l’appareil étatique pendant dix années. Beaucoup d’autres roulent dans les gros véhicules dans le pays avec une immunité décrétée suite à leur rapprochement avec le régime en place. L’odeur de déception des béninois par rapport à ce dossier qui a englouti inutilement leurs impôts, est encore puante dans le ciel béninois. Là également, le régime Talon n’a pu faire la lumière sur l’affaire, mais pire, il a entretenu un flou artistique autour du dossier qui pourrait livrer des personnalités qui, une fois encore, seraient tapis dans la rupture chantant et respirant le Bénin révélé. L’affaire PPEA – 2 qui a longtemps secoué le pays avec des milliards de francs Cfa dilapidés n’a jamais été élucidé. Le principal accusé reste depuis dix ans l’un des hommes forts du pouvoir. D’ailleurs il a régulièrement siégé à l’Assemblée nationale depuis les trois dernières législatures.
Somme toute, la fourniture en quantité, en qualité et à moindre coût de l’énergie électrique, l’élucidation des affaires Icc-services, Urbain Dagnivo, les machines agricoles, le siège de l’Assemblée Nationale, continue d’être mystère dix ans après, malgré les promesses du président Patrice Talon et sa rupture. Il n’a pas pu faire le job en 10 ans et même pas en rallongeant ses deux mandats constitutionnels de 45 jours.
Norbert Adjakoun