Le 24 mai prochain, le président de la République Patrice Talon passera officiellement le témoin à son successeur Romuald Wadagni. Après dix années de gouvernance, beaucoup espéraient assister à la veille de son départ à des actes d’apaisement capables de favoriser une décrispation du climat socio-politique national. Sur le terrain, la réalité semble tout autre.
Pendant que de nombreuses voix, au sein de la classe politique et de la société civile, multiplient les appels à la réconciliation nationale et à la libération des prisonniers politiques, le contraste est poignant. Les arrestations et condamnations d’acteurs politiques, de webactivistes et de voix critiques du pouvoir continuent de plus belle. Comme si le système judiciaire et politique refusait de changer malgré l’imminence du départ du chef de l’État. En effet, à quelques jours de la fin du régime Talon, il ne se passe pratiquement plus un jour sans qu’un acteur politique ou un activiste ne soit cité devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme pour divers chefs d’accusation.
Une situation qui alimente davantage les inquiétudes sur la volonté réelle du pouvoir sortant d’aller vers un degel politique. Le cas le plus récent reste celui du député du parti Les Démocrates Soumaïla Sunon Boké, condamné à cinq années de prison ferme pour des faits liés à un commentaire publié dans un groupe privé WhatsApp. Accusé d’apologie de coup d’État et d’incitation à la rébellion, l’élu rejoint ainsi la liste des personnalités politiques et des activistes confrontés aux ennuis judiciaires sous le régime actuel. Une condamnation qui suscite déjà de vives réactions. Elle confirme une tendance qui s’est installée depuis plusieurs années. Sous le régime de Patrice Talon, les arrestations et condamnations d’opposants ou de voix contraires se sont multipliées à un rythme élevé.
Pendant que certains espéraient un changement de cette dynamique à l’approche de la fin du mandat, les événements récents démontrent le contraire. Tout se passe comme si la décrispation tant annoncée restait encore une promesse lointaine. Les multiples exhortations en faveur d’un geste d’apaisement, notamment à travers la libération des détenus politiques et le retour des exilés politiques, peinent visiblement à produire leurs effets. Bien au contraire, les signaux envoyés ces derniers jours donnent l’impression d’un durcissement qui ne dit pas son nom.
Cette situation risque de constituer l’une des premières patates chaudes l que devra gérer Romuald Wadagni dès sa prise de pouvoir. Il héritera d’un climat socio-politique fragilisé par des tensions accumulées. Pour réussir son septennat, il lui faudra rassembler tous les fils et toutes les filles du Bénin, sans exclusion. Le futur chef de l’État sera donc très attendu sur la question de la réconciliation nationale.
Alassane Touré