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Sénat et démocratie au Bénin : Le Père Éric Aguénounon s'interroge sur la mission d'apaisement de l'institution

‎L'ouverture de la première session ordinaire du Sénat continue de susciter des réactions. Après le discours de son président, Patrice Talon, le 28 octobre 2026 à Cotonou, le Père Éric Aguénounon apporte son analyse sur le rôle de cette nouvelle institution. Invité de l'émission «Dimanche Agora» du dimanche 2 novembre 2026 de la chaine de privée E-Télé , le philosophe politique s'est interrogé

Sénat et démocratie au Bénin : Le Père Éric Aguénounon s'interroge sur la mission d'apaisement de l'institution

sur les moyens dont dispose la chambre haute pour remplir sa mission d'apaisement.

Directeur de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix et de Chant d’ Oiseau (IAJP/CO), le Père Arnaud Éric Aguénounon précise qu'il ne s'est pas opposé à la création du Sénat. Il affirme plutôt avoir analysé l'institution avec son regard de philosophe. D'ailleurs, il trouve pertinent le fait de réunir les anciens responsables pour échanger sur les questions nationales.

Toutefois, il s'interroge sur les outils dont dispose cette chambre pour contribuer réellement à la paix politique et à la promotion de la vie. L'une de ses préoccupations concerne la trêve politique prévue par la nouvelle Constitution. Pour lui, il existe une contradiction entre cette disposition et la mission d'apaisement confiée au Sénat. Si la trêve conduit à limiter l'animation politique, les sujets sur lesquels cette institution doit intervenir risquent d'être déjà définis sans véritable débat contradictoire.

 ‎Pour expliquer sa vision de la démocratie, le prêtre rappelle que la politique ne doit pas être réduite à la conquête ou à l'exercice du pouvoir. Elle doit avant tout servir la vie et l'être humain. Il met en avant trois éléments essentiels : la liberté, notamment celle d'expression, de presse et d'association, le respect des droits humains ainsi que la promotion des intelligences par l'éducation et la formation. S'appuyant sur la pensée de Paul Ricœur, il évoque également la recherche d'une vie bonne pour soi et pour les autres, dans des institutions justes. ‎

 ‎Dans son analyse, le Père Éric Aguénounon estime que le Bénin ne traverse pas une crise institutionnelle, mais plutôt une crise de conscience et de l'homme. Il rappelle que la démocratie repose sur le pluralisme des opinions, la contestation et la participation des citoyens à la construction collective. À ses yeux, une société démocratique doit pouvoir compter sur une société civile active, des syndicats libres et des opinions différentes. Il juge difficile de parler de développement lorsque les citoyens vivent dans la peur et que les voix critiques se taisent. ‎ ‎

Sur l'animation politique, le père Eric Aguénounon affirme qu'il n'y a pas d'animation politique. Les partis politiques, dit-il, sont des carpes qui se taisent et dont la seule mission est d'accompagner et de soutenir. Au Parlement, il n'y a pas de débat contradictoire. Les lois tombent sur nous comme de la grêle, sans discussion approfondie en amont. C'est quand c'est voté qu'on explique. Ce n'est pas de la politique, estime-t-il. ‎

 ‎Sur la gouvernance du président Romuald Wadagni, il formule trois souhaits. D'abord, qu'il ait les coudées franches pour travailler, comme Patrice Talon. Depuis l'avènement du renouveau démocratique, Talon est le seul président à avoir eu à 100% la main, sans être dérangé par le Parlement, contrairement à ses prédécesseurs. Ensuite, qu'il puisse mettre en œuvre ce qu'il estime en conscience être bon pour le peuple. Enfin, qu'il trouve des acteurs politiques qui l'accompagnent avec fidélité, conviction et intelligence. ‎ ‎

Il estime que toute la configuration actuelle fait partie d'un même système qui se consolide. Un système ne se combat pas lui-même. La nouveauté, selon lui, est qu'un ancien président de la République est désormais président du Sénat. Mais c'est toujours le même système qui continue. Il se définit comme un Saint Jean-Baptiste qui prêche dans le désert, prêt à être martyr pour une parole de conscience.

R.A

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