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Afrique : la Russie championne des promesses non tenues

‎En quête de repositionnement géostratégique et de partenaires, la Russie a multiplié ses dernières années sur le continent des promesses mais aussi des signatures d’accord de coopération dans divers domaines. Mais des années après, elle ne tient guère ses engagements en dehors bien sûr, des dons de blés pour lesquels elle se montre très généreuse. Mais pour les projets qui demandent plus

Afrique : la Russie championne des promesses non tenues

d’investissements et une profondeur qu’elle n’a pas. ‎

En 2023, à Saint-Pétersbourg, Moscou s’était engagé à offrir 200 000 tonnes de céréales à six pays africains. Les cargaisons ont bien été livrées, mais cette opération ponctuelle n’a pas permis de répondre durablement aux défis de la sécurité alimentaire. La réouverture d’ambassades au Burkina Faso et en Guinée équatoriale constitue également un signal politique important pour le rapprochement avec le continent. ‎ ‎

En revanche, les résultats sont plus mitigés concernant les engrais. Sur les 300 000 tonnes promises aux pays pauvres en septembre 2022, environ 190 000 avaient été livrées deux ans plus tard. Le Zimbabwe a notamment attendu près de deux ans avant de recevoir sa cargaison. Ces délais soulignent les difficultés à transformer certains engagements en réponses rapides aux besoins africains. ‎

‎Nucléaire : des projets jamais réalisés

‎ ‎Depuis 2015, l’entreprise russe Rosatom a évoqué la construction de nombreux réacteurs nucléaires en Afrique. Le projet d’El-Dabaa, en Égypte, reste le chantier le plus avancé. Financé par un prêt d’État russe sur 35 ans, il a toutefois connu des retards de calendrier. ‎ ‎

Dans plusieurs autres pays, les annonces n’ont pas encore débouché sur des travaux concrets. Au Burkina Faso, plusieurs documents signés depuis octobre 2023 prévoient une coopération nucléaire et une centrale à l’horizon 2030. Mais le chantier n’a pas démarré. Le Nigeria, le Zimbabwe, la Guinée, l’Éthiopie et l’Ouganda figurent également parmi les pays ayant manifesté un intérêt pour cette coopération. En Afrique du Sud, le grand projet discuté entre 2014 et 2017 n’a finalement pas abouti. ‎

‎Commerce et investissements : des ambitions difficiles à concrétiser ‎

‎Au sommet de Sotchi, en 2019, la Russie avait annoncé vouloir doubler ses échanges commerciaux avec l’Afrique en cinq ans. Pourtant, ceux-ci ont reculé d’environ 30 % après 2019. Malgré un rebond revendiqué à 24-28 milliards de dollars en 2024-2025, le niveau de 40 milliards de dollars visé n’a pas été atteint. ‎ ‎

Moscou met également en avant l’annulation de 23 milliards de dollars de dettes africaines annoncée en 2023. Toutefois, une grande partie de ces créances avait déjà été effacée au cours des années 2000 et 2010. Le chiffre doit donc être replacé dans son contexte pour mesurer la portée réelle de cet engagement. ‎

‎Sécurité : des avancées fragiles au Sahel ‎

‎Sur le volet militaire, la Russie intervient principalement dans les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) : le Burkina Faso, le Mali ete Niger. La coopération militaire russe au Mali bien qu'elle est la plus importante n’a pas permis de mettre fin à l’insécurité.

Après Wagner, l’Africa Corps a poursuivi son soutien aux Forces armées maliennes (FAMa), sans empêcher les revers face aux groupes armés. L’offensive du 25 avril 2026, menée par le Front de libération de l’Azawad (FLA) avec la participation du groupe jihadiste JNIM, a notamment entraîné la perte de Kidal et la mort du ministre malien de la Défense. ‎

‎Le 6 octobre, l’armée malienne, appuyée par l’Africa Corps, est entrée de nouveau dans cette ville stratégique après le retrait annoncé du FLA. Le mouvement séparatiste a qualifié sa décision de « repli stratégique et maîtrisé », affirmant vouloir préserver ses combattants et ses moyens. Cette reprise représente un succès symbolique pour Bamako et son partenaire russe, mais ne garantit pas à elle seule un contrôle durable du territoire ni la fin de l’insurrection. ‎

‎Au Burkina Faso comme au Niger, Moscou à travers Africa Corps intervient dans la lutte contre l'insécurité et le terrorisme aux côtés des forces armées nationales. À Niamey, l'armée grâce à son partenaire russe a déjoué plusieurs tentatives de déstabilisation et mutineries menées contre la junte militaire au pouvoir dirigée par le général Abdourahamane Tiani.  ‎

‎Mais cette coopération militaire russe est critiquée par les organisations internationales humanitaires qui dénoncent des massacres de civils. Selon un rapport de Human Rights Watch, relayé par The Conversation, entre janvier 2023 et août 2025, « les troupes de Ouagadougou et de Bamako avaient tué trois à quatre fois plus de civils que les groupes djihadistes qu’elles étaient censées combattre : sur cette période, 1 800 personnes ont été tuées au total, dont 1 200 par les forces gouvernementales. »

 ‎ ‎En République centrafricaine, le soutien russe a contribué à protéger le régime, mais la coopération a également été marquée par des accusations d’exactions et des interrogations sur les concessions économiques accordées à Moscou. Enfin, le projet de base navale russe à Port-Soudan, évoqué depuis 2017, n’a toujours pas été concrétisé. ‎

 ‎Le bilan apparaît donc contrasté : certains engagements ont été honorés, mais plusieurs projets économiques et sécuritaires restent inachevés ou fragiles. Le prochain sommet est une occasion importante pour Moscou de trouver des solutions concrètes pour redresser la trajectoire de sa politique étrangère en Afrique.

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