Présidence de la Boad : Ces éléments qui militent en défaveur de Serge Ekué
Gouvernance contestée, dépenses jugées excessives, climat social tendu et stratégie financière controversée. Plusieurs griefs rapportés dans des documents et enquêtes alimentent les interrogations autour du bilan du président sortant de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), Serge Ekué. Des éléments qui ne vont pas en sa faveur pour sa reconduction à la tête de l'institution.

Le non-renouvellement du mandat de Serge Ekué à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (Boad) suscite des interrogations sur les raisons de ce choix. Alors que son mandat est arrivé à expiration en août dernier, plusieurs critiques relatives à sa gouvernance, à la gestion des ressources financières et au fonctionnement interne de l'institution sous-régionale sont mises en avant.
Des éléments qui, s'ils étaient confirmés, pourraient expliquer les réserves exprimées à l'égard de sa reconduction. Au cœur des reproches figure l'orientation de la stratégie financière de la Banque. Selon un rapport, la Boad a davantage privilégié la mobilisation de ressources et les revenus de placement que le financement effectif des projets de développement. Le document mentionne notamment plus de 100 milliards de francs Cfa de commissions sur charges financières et affirme que les produits issus des placements auraient représenté plus de la moitié du résultat de l'institution.
Cette orientation interroge sur la place accordée à la mission première de la Boad, celle d'accompagner les États membres dans le financement des infrastructures, de l'énergie, de l'eau et de la sécurité alimentaire. Le recours à des cabinets de conseil financier, notamment Galite et Thomasteed, est également mis en cause en raison des commissions qui leur auraient été versées et des interrogations sur les conditions d'attribution des contrats.
Des dépenses qui font débat
Le train de vie du président sortant constitue un autre point de colère. Une enquête consacrée à la gestion de la Boad évoque l'utilisation régulière de jets privés dont le coût atteindrait environ 150 millions de francs Cfa pour un trajet de 2 300 miles. Ces dépenses, jugées disproportionnées par certaines autorités, alimenteraient les réflexions autour d'un éventuel audit des charges liées aux déplacements présidentiels.
Au-delà des transports, des interrogations portent sur l'augmentation des charges d'exploitation et sur la transparence des procédures de passation des marchés. Des cabinets étrangers ont bénéficié d'une place importante dans certaines opérations. La gestion des ressources humaines apparaît également parmi les facteurs de contestation. Les documents cités font état de licenciements, de départs et de tensions internes, mais aussi de disparités de rémunération et d'avantages entre certains responsables et des cadres expérimentés.
La réorganisation des carrières engagée dans le cadre du projet Oasis ont accru les frustrations. Le recrutement de collaborateurs externes et la place accordée à certains consultants sont aussi critiqués. L'enquête évoque notamment le rôle du conseiller spécial du président, dont les prérogatives et le positionnement dans l'organigramme suscitent des interrogations.
Des lenteurs dans le financement des projets
Plus préoccupantes encore, des accusations de sollicitations indues, assimilées à des pratiques de racket dans le traitement de dossiers de financement, sont rapportées. Elles auraient contribué, selon le document cité, à ralentir la mise en œuvre de certains projets. Le rapport avance un taux de décaissement de 25 % en 2025, sans que les causes précises de cette performance puissent être établies à partir des seuls éléments disponibles.
Face à ces controverses, des discussions autour d'un audit et d'un renforcement des règles de gouvernance sont évoquées. Des échanges avec des actionnaires non régionaux sont également engagés, tandis qu'une éventuelle saisine de la Cour de justice de l'Union est mentionnée en cas d'irrégularités graves établies. Au-delà du sort de Serge Ekué, l'enjeu concerne la crédibilité de la Boad et sa capacité à remplir sa mission de financement du développement en Afrique de l'Ouest.
Alassane Touré







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