Liberté de presse au Burkina Faso : Jusqu'à 30 ans de prison pour les journalistes
Onze ans après la suppression des peines de prison pour les délits de presse, le Burkina Faso opère un inquiétant retour en arrière. Adopté à l’unanimité le 20 octobre par l’Assemblée législative de transition, le nouveau Code pénal réintroduit des sanctions privatives de liberté pouvant atteindre 30 ans pour certains faits liés à l’apologie du terrorisme. Reporters sans frontières (RSF) dénonce

une menace majeure pour la liberté d’informer et appelle les autorités à ne pas promulguer le texte.
C'est un recul préoccupant pour la presse burkinabè. Le nouveau Code pénal adopté par les 71 députés de l’Assemblée législative du peuple marque un tournant inquiétant pour les professionnels des médias. Présentée comme une innovation majeure, la réintroduction des peines de prison pour les délits de presse constitue, selon RSF, une grave régression démocratique.
En effet, au cœur des inquiétudes figure l’infraction d’« apologie du terrorisme », dont la définition est jugée particulièrement vague. Toute personne reconnue coupable de tels faits par voie de presse ou en ligne encourt désormais entre 21 et 30 ans d’emprisonnement, assortis d’une amende de 50 à 100 millions de francs CFA.
Les entreprises de presse risquent également des amendes pouvant atteindre un milliard de francs CFA, ainsi que la fermeture et la confiscation de leur matériel. Pour RSF, ces dispositions pourraient exposer les journalistes couvrant la situation sécuritaire à de lourdes poursuites, même lorsque leur travail relève de l’information du public. L’organisation redoute une autocensure accrue et l’étouffement des dernières voix indépendantes du pays.
Il faut noter que le texte maintient également des sanctions contre la diffusion de fausses informations présumées et la publication de renseignements relatifs aux opérations antiterroristes. Certaines infractions sont passibles de dix ans de prison et de dix millions de francs CFA d’amende.
Cette évolution intervient dans un contexte marqué par la multiplication des pressions contre les médias depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, en septembre 2022. Menaces, arrestations, enlèvements et fermetures de médias fragilisent davantage la profession. Les journalistes Atiana Serge Oulon et Moussa Sareba restent portés disparus.
Classé 110e sur 180 pays dans le classement mondial 2026 de RSF, le Burkina Faso voit ainsi les inquiétudes s’accentuer quant à l’avenir de la liberté de la presse.
Gildas AHOGNI









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