Une enquête de Reuters révèle qu’un camp d’entraînement clandestin aurait été construit en Éthiopie pour former des milliers de combattants des Forces de soutien rapide (RSF) du Soudan. Cette découverte montre à quel point la guerre civile soudanaise, déjà l’une des plus meurtrières au monde, s’étend désormais au‑delà des frontières du pays.
D’après Reuters, qui cite une quinzaine de sources concordantes, dont des responsables éthiopiens, diplomates et agents du renseignement, l’Éthiopie abriterait un camp secret destiné à former des combattants des RSF. Cette révélation selon l’agence, constitue la première preuve directe de l’implication d’un pays voisin dans le conflit soudanais.
Situé dans la région isolée de Benishangul-Gumuz, à l’ouest de l’Éthiopie et proche de la frontière soudanaise, le camp aurait commencé à fonctionner en octobre 2025, selon des images satellites et des sources consultées par Reuters.
Les images montrent des centaines de tentes installées progressivement dans une zone auparavant forestière, ainsi que des camions, des véhicules militaires et des engins de construction. Des sources éthiopiennes ont dit à Reuters que le camp pourrait accueillir jusqu’à 10 000 personnes, dont des recrues destinées à rejoindre les rangs des RSF en lutte contre l’armée soudanaise.
Parmi ces recrues figurent principalement des Éthiopiens, mais aussi des Soudanais et des Sud-Soudanais, dont certains seraient liés au groupe rebelle SPLM-N, actif dans l’État soudanais du Nil Bleu. Un haut gradé du groupe à quand même nié à l’agence de presse toute forme d’implication.
Soutien présumé des Émirats arabes unis
Huit sources, y compris un haut responsable du gouvernement éthiopien, ont affirmé à Reuters que les Émirats arabes unis, allié stratégique de l’Éthiopie, auraient financé la construction du camp et fourni des formateurs militaires ainsi qu’un soutien logistique, bien que cette implication n’ait pas été indépendamment vérifiée.
Le ministère émirati des Affaires étrangères a nié toute participation dans les hostilités soudanaises, affirmant qu’il n’était ni partie prenante ni impliqué d’aucune manière dans les combats. Les Emirats Arabes Unis avaient nié à plusieurs reprises une ingérence quelconque dans la guerre au Soudan malgré les nombreux rapports de l’ONU qui affirment le contraire.
Les documents consultés par Reuters incluent une note interne des services de sécurité éthiopiens et un câble diplomatique indiquant l’étendue de la coopération. De plus, des constructions pour un centre de contrôle de drones ont été repérées à l’aéroport voisin d’Asosa, utilisé selon certains experts pour renforcer la capacité aérienne dans la région frontalière.
Un conflit qui dépasse le Soudan
Des analystes estiment que cette implication de pays extérieurs illustre l’internationalisation croissante du conflit soudanais. Parmi eux, Mohamed al-Amin, analyste politique soudanais, explique que « le Soudan est devenu un théâtre pour des jeux de pouvoir régionaux et internationaux », indiquant que plusieurs pays cherchent à influencer la guerre à leur avantage
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre civile opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (RSF), une puissante milice. Cette guerre a tué des dizaines de milliers de personnes et provoqué la fuite de millions de civils, tandis que la famine se propage dans plusieurs régions du pays.
Alors que les combats au Soudan continuent de faire rage, l’implication croissante de pays voisins et de puissances régionales soulève des inquiétudes. Pour de nombreux observateurs, tant que ces acteurs privilégieront leurs intérêts stratégiques, la guerre pourrait durer plus longtemps encore, avec des conséquences humanitaires dramatiques pour des millions de civils.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU