Depuis quelques jours, l’actualité politique béninoise se nourrit de l’affaire Michel Sodjinou, le député frondeur qui fait peser sur la Cour Constitutionnelle, la lourde responsabilité de décider avec sa complicité, du sort politique du Bénin et de son peuple pour les années à venir.
Après s’être déclarée incompétente sur le recours à elle adressé par l’honorable Kamel Ouassagari pour déterminer le vrai propriétaire de la fiche de parrainage , la voici saisie d’un nouveau recours contre cette fois-ci, la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) qui exclut avant l’heure, l’opposition de la présidentielle.
Tous les regards sont tournés vers la haute juridiction qui doit user du droit pour fixer les uns et les autres .
Le 12 avril 2026, les béninois iront aux urnes pour élire le successeur du Président Patrice Talon. A plus de six mois de ce grand rendez-vous électoral, le doute subsiste encore sur la participation ou pas du duo de candidats de la plus grande formation politique de l’opposition béninoise, notamment le parti Les Démocrates. La grande et rude bataille juridique née de la confiscation par le député Michel Sodjinou de la 28ème fiche de parrainage nécessaire au parti, fait retenir aux béninois leur souffle, donne de l’insomnie aussi bien à l’opposition qu’à la mouvance et plus encore aux sept sages de la Cour Constitutionnelle appelée à dire le droit mais aussi à préserver la paix, la quiétude et l’intégrité du Bénin et son peuple. En toute sagesse, le professeur Dorothée Sossa, président de la Cour Constitutionnelle et les conseillers devront, en examinant le recours contre la Cena, se mettre au-dessus de la mêlée, jeter un regard patriotique dans le rétroviseur et surtout se soucier de l’avenir des millions de leurs compatriotes béninois qui ont encore en mémoire et de façon vive, les conséquences néfastes des dernières élections exclusives au Bénin depuis 2016.
En effet, le Bénin a connu en 2019 et en 2021, des événements malheureux causés par l’exclusion d’une grande franche d’acteurs politiques des élections législatives et de la présidentielle sans oublier les communales de 2020. Plusieurs centaines de béninois ont séjourné en prison et pire, d’autres ont trouvé la mort. D’ailleurs, plusieurs sont encore prisonniers du fait avec toutes les conséquences socio politiques et économiques qui en découlent. Des événements qu’il faut à tout prix s’interdire de rééditer au Bénin.
Éviter l’exclusion, la responsabilité historique de la Cour
La Cour constitutionnelle du Bénin est le gardien de la Constitution, protégeant les droits fondamentaux des citoyens et contrôlant la conformité des lois et règlements avant leur promulgation ou mise en application. Ses prérogatives incluent également l’arbitrage des conflits entre les institutions de l’État et la supervision de la régularité des élections, tant avant qu’après le scrutin. C’est dire donc que tout citoyen peut saisir la Cour avant un scrutin, bien sûr, dans les limites prévues par la loi. Cette Cour fait face depuis quelques jours à une de ses grandes responsabilités notamment celle de contrôler la régularité des grandes consultations politiques, comme la présidentielle de 2026. En tant qu’organe régulateur du bon fonctionnement des institutions et surtout de la bonne tenue des élections, la Cour Constitutionnelle doit éviter au Benin les événements qui ont endeuillé le peuple béninois en 2019 et 2021 en offrant à tous les citoyens la liberté d’aller choisir dans les urnes celui ou celle qui démocratiquement qui va diriger le Bénin dans les cinq années à venir. En toute responsabilité, le professeur Dorothée Sossa et les conseillers de la Cour Constitutionnelle doivent valider la candidature du duo candidat des démocrates pour trois raisons fondamentales. La première est qu’il faut absolument éviter de plonger le pays dans un sombre moment pour avoir par décision, soit-elle légale ou légitime, exclu pour la troisième fois depuis 2016 l’opposition des élections. Le jeu démocratique doit avoir lieu pour la crédibilité des élections et surtout la survie de la démocratie béninoise agonisante.
La deuxième raison est que l’affaire Sodjinou n’est pas nouvelle au Bénin. En 2021, la Cour Constitutionnelle a déjà connu la même affaire avec le député Ahmed Tidjani Affo Obo alias Souwi qui a d’ailleurs été débouté parce que selon la haute juridiction, le parrainage ne lui appartenait pas mais plutôt à sa formation politique qui pourrait en disposer et l’utiliser à sa guise. Dans sa décision DCC N°21-056 du 11 février 2021, la Cour dont les décisions sont sans recours a été claire: le parrainage est la propriété du parti et non de l’élu parrain. Cette jurisprudence est une boussole dont la Cour Sossa doit se servir pour ne pas faire perdre la boussole au Bénin et son peuple tenus en haleine depuis l’affaire Sodjinou.
La troisième raison est que la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) en publiant le mercredi 22 Octobre 2025 la liste provisoire des duos candidats devant participer à la présidentielle de 2026, a violé le code électoral mais aussi sa propre décision rendant public le calendrier électoral. Selon son calendrier, la Cena présidée par Sacca Lafia devra publier cette liste provisoire le 26 octobre soit 4 jours après le 22 où elle s’était empressée de publier la liste. Les articles 25, 38, 39, 40 et 41 du code électoral ont été violés par la Cena que la Cour Constitutionnelle se doit en toute sagesse et en toute responsabilité de ramener à l’ordre pour avoir sans aucune mesure exclu, une fois encore, un duo qui plus est celui de la plus grande formation politique de l’opposition, de la présidentielle. Une injustice qui fait rougir les béninois qui y voient la mise en péril de la paix et l’assassinat programmé de la démocratie béninoise.
La Cour Constitutionnelle a donc une responsabilité historique de sauver et le Bénin, et la démocratie, et le peuple béninois qui placent, tous, leurs espoirs aux élections générales de 2026, surtout la présidentielle.