Le dernier tête-à-tête entre Patrice Talon et Boni Yayi, à l’instar de tous les précédents, alimente les polémiques les plus folles depuis vendredi dernier.
Dès son annonce, la redoutable machine de récupération et de manipulation politique, opérant à plein régime depuis la résurgence de l’affaire Sodjinou s’est mise à l’œuvre pour en produire toutes sortes de légende. De celles-ci, on a entendu dire que Yayi a quémandé l’entretien pour demander pardon à Talon afin qu’il ne le jette pas en prison. Qu’il est reparti de la Marina avec des sacs pleins d’argent en récompense à ses subtiles manœuvres pour torpiller la candidature des Démocrates. Les experts de la désinformation se sont montrés plus odieux en pondant même un compte rendu de la fameuse rencontre dans lequel est distillé un prétendu accord de substitution du duo Agbodjo-Lodjou contre un autre. Les addicts de l’intoxication informationnelle ont consommé goulûment ces âneries avant d’emboucher la trompette du « deal ».
C’est une rengaine désormais classique :« Talon et Yayi ont un deal ». A chaque fois que le président Talon rencontre son prédécesseur, même en présence d’autres collaborateurs, ladite accusation fleurit à nouveau. Les préposés à cette tâche ne vont jamais au-delà de la proclamation. Jamais, ils n’annoncent le contenu du deal, les avantages pour les uns et les autres, encore moins les motivations des deux dealers qui se trouvent être l’ancien et l’actuel présidents de la République.
Plusieurs faits factuels amènent pourtant à s’interroger sur la vérité et l’existence même de ce deal
Talon et Yayi ont vraiment un deal ? Pourtant le 19 avril 2019, Boni Yayi accompagné de l’ancien président Nicéphore Soglo et de quelques leaders de l’opposition ont été dispersés par des jets de gaz lacrymogènes de la police alors qu’ils tentaient d’improviser un meeting au marché Dantokpa pour s’opposer à l’exclusion de l’opposition aux élections législatives de 2019.
Est-ce toujours au nom du même deal que quelques jours après, Boni Yayi a été contraint à la réclusion forcée dans sa propre maison barricadée et surveillée pendant 52 jours par l’armée et qu’il a eu le bonheur de recouvrer sa mobilité qu’après de précieuses interventions de chefs d’Etats de la sous-région ?
Talon et Yayi ont un deal dit-on, pourtant les blindés de l’armée se sont positionnés aux encablures de la maison depuis quelques jours. C’est toujours le même dispositif qui s’y installe à chaque fois qu’un plan d’exclusion du parti d’une élection est mis en branle.
Depuis quelques jours, après la félonie conduite insidieusement par Michel Sodjinou qui a demandé le retrait de son parrainage, une armée de cyber-mercenaires dressés à dessein s’en prennent jour et nuit à la personne du Président Boni Yayi, vilipendé, calomnié et insulté de tous les noms d’animaux. Sous des profils de ces préposés se cachent des visages d’adolescents anonymes qui, sans aucun scrupule, insultent quelqu’un qui pourrait bien être leur grand-père. Aurait-il existé un accord mafieux au nom d’hypothétiques casseroles de Boni Yayi pendant ses dix ans de pouvoir et qui justifieraient qu’il entretienne des relations incestueuses avec celui qui lui rend la vie difficile afin qu’il se taise ? Si de telles casseroles avaient existé, elles seraient depuis longtemps étalé sur la place publique afin que l’animal politique qu’il est perde de sa férocité.
Quel est donc ce deal si préjudiciable à l’honneur, à la dignité et à la quiétude de Boni Yayi et dont personne ne dévoile le contenu depuis dix ans ? J’appelle ce deal mesquinerie à la béninoise. En effet, depuis 2016, il s’est développé chez beaucoup de compatriotes le « syndrome d’accusation unidirectionnelle ». Il s’apparente à un dôme de protection et de sûreté contre l’ire du chef de l’Etat et des gens du système. Ainsi donc, seuls sont fautifs et responsables de leurs sorts ceux qui maille à partir avec le gouvernement ou le chef de l’Etat lui-même. Il s’agit d’une sorte d’hypocrisie développée et assumée qui passe la victime pour le coupable et qui permet de se mettre à l’abri d’éventuelles représailles politiques.
On l’a vu à l’œuvre contre Sébastien Adjavon accusé de naïveté et de manque d’intelligence politique lorsque l’affaire de conteneurs frigorifiés contenant de la drogue a éclaté. De Joël Aïvo, on n’en dira pas moins sur son inexpérience politique qui l’a conduit en prison. Des esprits retors ont même poussé l’outrecuidance plus loin en affirmant qu’il faisait le jeu du pouvoir alors que l’universitaire vivait dans des conditions affreuses à la prison. Idem pour Reckya Madougou qu’on dit payer le prix de son entêtement alors qu’elle devrait prendre la poudre d’escampette. Et Olivier Boko ? Il a dû dealer aussi pour se retrouver, en dépit de ses relations intimes avec Patrice Talon, en réclusion criminelle, sevré de visites autre que celles de son épouse et de ses avocats ? A l’époque, on a ouï dire que c’était une affaire montée de toutes pièces pour booster sa popularité et lui permettre de gagner l’élection présidentielle plus facilement. Le deal a-t-il foiré entre temps ?
Au banc des dealers, on accuse fréquemment Candide Azannaï. Sa courageuse et inédite démission du gouvernement un an à peine après l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir n’a pas réussi à l’absoudre de la sordide accusation. Comment ne pas croire à son intelligence avec le régime alors qu’il n’a jamais été inquiété lui pour ses nombreux pamphlets contre le chef de l’Etat pendant que d’autres, moins critiques, sont systématiquement arrêtés et jetés en prison.
Le « syndrome de l’accusation unidirectionnelle » a réussi à présenter les victimes de l’autocratie actuelle comme des complices, des adversaires politiques comme des mesquins et des dealers. Mieux, il contribue à la dispersion des forces et à l’instauration d’une ambiance de suspicion permanente entre ceux qui devraient s’unir contre le pouvoir.
Si Yayi est le plus visé, c’est sûrement parce qu’il représente la principale menace.
Libre aujourd’hui aux gens raisonnables et à l’éternel parti des pense-petit de continuer à alimenter leurs cerveaux de pseudo-deals qui n’existent que dans l’imagination des fabricants de la fausse information et des préposés à la cassure de l’opposition.