Au Bénin, une tendance prend de l’ampleur depuis quelques années. Le non-port des dessous devient une habitude pour beaucoup de femmes même en dehors des cadres conventionnels. Entre tendances vestimentaires occidentales, recherche du confort en période de chaleur et prescriptions médicales, les raisons qui justifient cet état de choses sont multiples et varient d’une personne à une autre.
Le port des dessous n’est plus une obligation pour certaines femmes au Bénin. Elles préfèrent mettre juste les vêtements. Pour certaines, cette pratique résulte de la mode issue des habitudes vestimentaires des femmes en milieu urbain. Pour d’autres, le fait de ne pas porter des caleçons vise à offrir aux femmes qui s’adonnent à cette pratique un certain confort surtout en période de forte chaleur. Une thèse qui est confortée par les professionnels de la santé qui évoquent des mesures médicales. Selon un médecin, un gynécologue peut recommander temporairement le non-port de sous-vêtements dans certaines situations notamment en cas d’infection vulvo-vaginale récidivante (mycoses) ou de transpiration excessive et macération, après un traitement pour irritation sévère, pendant la convalescence après certaines interventions et pour les femmes souffrant de vulvodynie ou de dermatite de contact. Dans le même ordre d’idées, le sociologue, Joseph Dossa a souligné que le non port des dessous par les femmes est à priori, un choix personnel et vestimentaire, mais qui comporte effectivement des implications médicales. Les raisons de ce choix sont nombreuses et diverses et varient d’une femme à une autre. Chez certaines, elles développent des démangeaisons ou des lésions cutanées quand elles portent des dessous en période de chaleur. « Lorsque je dois porter des vêtements déjà serrés ou des pantalons en conçus avec certaines matières, je ne peux plus porter des sous-vêtements surtout en période de chaleur », a expliqué une jeune fille qui a requis l’anonymat. Selon les médecins, les sous-vêtements trop serrés, surtout en tissus synthétiques, créent un microclimat chaud et humide propice aux irritations, frottements, démangeaisons et infections. Par ailleurs, la transpiration excessive combinée à l’humidité et au manque d’aération crée un environnement idéal pour la prolifération bactérienne et fongique. Le non-port de sous-vêtements peut au contraire permettre une meilleure ventilation surtout les nuits. Chez certaines femmes, des pathologies expliquent ce choix. Il s’agit des infections vaginales récidivantes, des allergies ou sensibilités aux tissus ou détergents, des dermatoses de contact, du syndrome de choc toxique (antécédent) et de la vaginite atrophique chez la femme ménopausée.
La mode….
Alors que le non port de sous-vêtements est relatif à des raisons médicales chez certaines femmes, pour d’autres, c’est une habitude vestimentaire née de la modernisation et des tendances urbaines en matière de mode. Selon les avis de certaines dames, il n’est pas conseillé de porter des sous vêtements quand on porte certaines tenues. C’est l’exemple des robes moulantes ou serrées, des collants ou des vêtements qui mettent en valeur les atouts physiques de la femme notamment le postérieur fessier. Selon le sociologue, Joseph Dossa, la pratique de développe chez des femmes sous l’effet de contagion. « Certaines femmes voient d’autres le faire, donc elles le font aussi sans en mesurer la portée», a-t-il ajouté.
Un comportement à faible risque
Selon les médecins, contrairement aux idées reçues, le non-port de sous-vêtements n’augmente pas significativement les risques d’infections vaginales ou urinaires, pourvu que l’hygiène soit correcte. Au contraire, une meilleure aération peut les réduire, car une bonne ventilation maintient un pH et une température optimaux, favorisant une flore équilibrée. Le port ou non de sous-vêtements n’a pas d’impact significatif sur la transmission des IST, qui dépend avant tout de l’utilisation de préservatifs et du statut sérologique des partenaires. Le risque principal viendrait plutôt du contact direct avec des vêtements extérieurs sales. De même, aucune étude ne démontre un lien direct entre non-port de sous-vêtements et baisse de fertilité. Toutefois, un homme pourrait être exposé à davantage de bactéries externes (venant des vêtements) lors des rapports, mais en pratique, le risque est minime comparé aux autres facteurs.
Un comportement diversement apprécié en société
Même si selon les professionnels de la santé sont unanimes sur le fait que le non-port des sous vêtements par les femmes n’a pas de grands risques, dans la société béninoise, ce comportement vestimentaire est soumis à diverses appréciations. Pour certains, cette habitude très mal perçue rime plutôt à la frivolité. « Quand moi je courtise une femme et je me rends qu’elle ne porte pas de dessous, cela me dégoûte automatiquement. Je me fais à l’idée qu’elle entretient des intimités avec le premier venu », a confié Juste Atinglo. Pour, Solange Atindokpo, elle ne conçoit pas comment une femme peut sortir en ville sans caleçon. « Ce comportement très développé n’a jamais été vu dans le passé. Nos mamans s’habillaient de façon décente avec deux ou trois pagnes en plus de tout ce qu’elles ont déjà mis en bas. C’est ce qui traduit la femme africaine », a-t-elle déploré. Contrairement à Solange, Edith pense plutôt que cette pratique met davantage la femme en valeur. « Il y a longtemps moi j’ai pris cette habitude. Quand je porte certaines choses, je ne porte pas de caleçon. Cela ne veut pas dire que je suis une fille facile. Au contraire, cela met en valeur ma beauté physique. On sent que l’air passe partout», a-t-elle conclu.
Le respect de l’hygiène menstruelle
Pour les femmes qui ne portent pas de dessous, la tolérance est zéro pour le non respect des règles de l’hygiène menstruelle. Selon l’avis médical, sans sous-vêtements maintenant protections périodiques ou cups, les risques de fuites et de macération augmentent. L’hygiène doit être irréprochable. Le risque augmente considérablement si l’hygiène n’est pas rigoureuse, car les vêtements extérieurs (jeans, jupes) sont rarement lavés après chaque port et peuvent accumuler bactéries et saletés. Comme règles d’hygiène essentielles, il faut laver quotidiennement les vêtements extérieurs en contact direct avec la zone intime, privilégier les jupes amples aux pantalons serrés, changer de tenue après activité physique ou forte transpiration. Il faut aussi faire la toilette intime quotidienne à l’eau claire, sans savons agressifs. Pendant les règles, il est recommandé d’utiliser des protections adaptées et les changer régulièrement. Les tissus recommandés sont le coton (idéal pour sa respirabilité). Il faut éviter les tissus synthétiques (polyester, nylon) en contact direct. En somme, le non-port de sous-vêtements peut être acceptable, voire bénéfique dans certaines situations, à condition de respecter des règles d’hygiène adaptées et de choisir des vêtements extérieurs appropriés.
Mohamed Yèkini