Face à la flambée des prix du pétrole provoquée par la crise au Moyen-Orient, le Nigeria parvient à limiter les effets inflationnistes grâce au raffinage local. Dans le même temps, plusieurs pays africains se tournent vers Abuja pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques.
La crise géopolitique au Moyen-Orient, notamment les perturbations dans le détroit d’Ormuz, menace jusqu’à 600 000 barils/jour de produits pétroliers destinés à l’Afrique. Cette situation a entraîné une hausse brutale des prix du brut, dépassant parfois les 100 dollars le baril, accentuant les pressions inflationnistes sur les économies africaines.
Dans ce contexte, le Nigeria apparaît comme une exception relative. Grâce à la montée en puissance de la raffinerie du groupe Dangote Group, le pays a considérablement réduit sa dépendance aux importations de carburants. Avec une capacité de 650 000 barils par jour, cette infrastructure couvre une large part de la demande nationale et permet même de dégager des surplus exportable.
Pour cela, alors que plusieurs pays subissent des pénuries, le Nigeria maintient l’approvisionnement domestique et amortit partiellement l’impact de la hausse des prix. Mieux encore, les exportations de produits pétroliers raffinés ont fortement augmenté, atteignant 214 000 barils par jour en mars 2026, contre 100 000 en février selon Reuters.
Dangote Group, un hub énergétique en Afrique
Sur le plan régional, cette capacité excédentaire repositionne Abuja comme un acteur stratégique. En mars 2026, la raffinerie Dangote a exporté 12 cargaisons, soit environ 456 000 tonnes de carburants, vers plusieurs pays africains.
Selon plusieurs médias locaux, parmi les principaux pays déjà approvisionnés figurent : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Cameroun, la Tanzanie.
Au-delà des livraisons déjà effectuées, plusieurs pays ont officiellement manifesté leur intérêt pour des accords d’approvisionnement. C’est le cas de l’Afrique du Sud, qui négocie un contrat d’approvisionnement de 12 mois, ainsi que du Kenya et du Ghana, qui ont entamé des discussions avec la raffinerie.
Cette dynamique s’explique par une dépendance structurelle de nombreux pays africains aux importations en provenance du Moyen-Orient. Par exemple, en Afrique de l’Est et australe, environ 75 % des carburants raffinés proviennent traditionnellement de cette région, aujourd’hui perturbée par la crise.
Ainsi, le Nigeria ne se contente plus de sécuriser son marché intérieur, il devient une alternative crédible pour tout le continent. Cette mutation pourrait durablement redessiner les flux énergétiques africains, en réduisant la dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient et en renforçant l’intégration régionale.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU