Russie-Afrique : le discours anticolonial de Poutine à l’épreuve des faits
Au sommet Russie-Afrique, organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, Vladimir Poutine a accusé les puissances occidentales d’exploiter les ressources naturelles africaines et de freiner le développement du continent par l’endettement. Mais les activités de groupes russes liés à l’exploitation minière en Afrique mettent ce modèle de partenariat défendu à l’épreuve des faits.

Devant les dirigeants africains, le président russe a présenté son pays comme un partenaire différent des anciennes puissances coloniales. Il a notamment promis de favoriser la transformation locale des matières premières, la création d’emplois et les recettes fiscales plutôt que de se limiter à l’achat de ressources brutes.
« Notre entreprise ne se livre pas à l’exploitation prédatrice, néocoloniale des ressources naturelles et humaines, mais développe plutôt la transformation locale des matières premières, créant ainsi de nouveaux emplois et générant des recettes fiscales », a déclaré Poutine devant les délégations africaines.
Ce discours rejoint une aspiration largement exprimée sur le continent. L'Afrique ne veut plus se contenter d'être un simple exportateur de ses matières premières. Elle veut transformer ses ressources naturelles et créer des chaînes de valeur. Toutefois, les rapports consacrés aux activités russes en Afrique révèlent un tableau plus complexe.
L’or africain au cœur des controverses
En février 2025, la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), une organisation spécialisée dans l’étude de la criminalité organisée, a publié une analyse sur les activités de Wagner et de son successeur, Africa Corps. Elle décrit l’implication de ces réseaux dans des économies illicites et des circuits d’exploitation des ressources, notamment l’or, les diamants et le bois en République centrafricaine. Elle estime également que certaines de ces pratiques se poursuivent après la restructuration de Wagner.
Le Soudan constitue un autre exemple. Un rapport du Service de recherche du Congrès américain rappelle que des entreprises liées à Wagner ont participé à l’exploitation aurifère et que des réseaux associés au groupe ont été impliqués dans la contrebande d’or vers la Russie. Au Mali, la présence russe s’inscrit aussi dans un modèle où l’assistance sécuritaire et les intérêts économiques peuvent être étroitement liés. Selon le Blood Gold Report relayé par CNC, un média centrafricain, « en l’espace de deux ans, le pillage des ressources naturelles, notamment le commerce de l’or ont rapporté à Wagner plus de 2,5 milliards de dollars ».
Ces éléments montrent que le partenariat défendu par Moscou n’échappe pas aux accusations d’exploitation des ressources. Dénoncer l’exploitation occidentale ne suffit pas à garantir un partenariat équitable. La transparence des contrats miniers, la part des revenus revenant aux États africains, la transformation locale et les retombées pour les populations devraient permettre d’évaluer les engagements de chaque pays partenaire quelque soit son drapeau.
EP









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