Depuis plus de deux ans, un phénomène interpelle dans le paysage politique béninois : la quasi-disparition des initiatives spécifiquement destinées à la jeunesse au sein de plusieurs formations politiques. Camps de jeunesse, universités d’été, sessions de formation, activités citoyennes ou encore vacances militantes se font rares. Une situation qui soulève une question essentielle : quelle place les partis politiques accordent-ils réellement à leur jeunesse ?
La question doit être posée car les jeunes constituent l’un des principaux militants des formations politiques. Lors des campagnes électorales, ils sont en première ligne. Mobilisation de terrain, animation des meetings, sensibilisation des électeurs, communication numérique, affichage, porte-à-porte : la jeunesse est sollicitée sur presque tous les fronts. Elle constitue souvent le visage le plus visible des partis dans les quartiers, les villages et sur les réseaux sociaux. Mais une fois les élections passées, le constat semble tout autre. Les activités de formation et d’encadrement destinées à cette frange militante deviennent rares, laissant croire que les jeunes ne sont indispensables qu’au moment de conquérir les suffrages.
Pourtant, l’une des responsabilités fondamentales d’un parti politique est de contribuer à la formation de ses militants et à la préparation de ceux appelés à assurer la relève. Le militantisme ne se limite pas à la mobilisation électorale. Il inclut également l’apprentissage des valeurs, de l’idéologie, des mécanismes démocratiques et des responsabilités publiques. Les camps de jeunesse, universités politiques et autres cadres de formation ne sont donc pas de simples activités récréatives. Ils constituent des espaces où se renforcent les convictions et se transmet une culture politique qui permet d’avoir des futurs responsables. La disparition de ces activités pose ainsi la question de la stratégie à long terme des partis.
Une jeunesse mobilisée, puis oubliée ?
Le paradoxe est saisissant. Pendant les périodes électorales, la jeunesse est présentée comme une force incontournable. Les discours politiques célèbrent sa vitalité, son dynamisme et sa capacité de mobilisation. Mais au lendemain des scrutins, elle est reléguée au second plan. Cette situation peut susciter chez les jeunes militants un sentiment de découragement. À force d’être sollicités principalement pour les batailles électorales, sans bénéficier ensuite d’un véritable accompagnement politique, certains peuvent finir par considérer leur engagement comme purement circonstanciel.
Plus préoccupant encore, cette absence d’encadrement pourrait fragiliser la transmission des valeurs entre générations. Un parti politique qui ne forme pas aujourd’hui ses jeunes militants prend le risque de se retrouver demain avec un déficit de cadres capables de porter son projet, son idéologie et son organisation. La quasi-inexistence, depuis plusieurs années, des initiatives de ce type dans certains partis, notamment ceux de la mouvance présidentielle, interpelle donc. Après avoir été les soldats des campagnes électorales, les jeunes ne doivent pas devenir les oubliés. On doit les former pour le futur. Cela passe par les activités organisées à leur profit.
Alassane Touré