A Avakpa, les flammes se sont éteintes, mais les interrogations existent toujours. Plusieurs semaines après le violent incendie qui a causé d’importants dégâts matériels, les victimes attendent toujours des réparations. Pendant ce temps, une curieuse campagne semble les pousser vers le dialogue au détriment de toute démarche judiciaire. Une situation qui pose une question essentielle : cherche-t-on à étouffer une affaire ?
La nuit du jeudi 6 août 2026 restera inoubliable dans la mémoire des habitants d’Avakpa, à Porto-Novo. Des véhicules réduits en cendres, des habitations endommagées, des biens détruits et, surtout, une population plongée dans la douleur. L’intervention des éléments de l’Agence béninoise de protection civile, renforcés par des équipes venues de Cotonou et de Pobè, a heureusement permis de circonscrire le sinistre. Aors que les flammes ont été maîtrisées, une autre bataille de la responsabilité et de la réparation commence pour les victimes. Depuis l’incendie, une campagne d’information, relayée avec le concours de certains organes de presse, encourage les victimes à privilégier la voie du dialogue pour obtenir réparation. En réalité, cette solution n’est pas mauvaise en soi. Elle peut permettre une indemnisation rapide et éviter des procédures longues.
Cependant le problème apparaît lorsque le dialogue est présenté comme la seule voie acceptable, voire lorsque la perspective d’un recours à la justice est découragée. Dans une affaire ayant causé autant de dégâts, peut-on sérieusement demander aux victimes de renoncer à leur droit de saisir la justice ? Pourquoi les exige-t-on négocier sans que les circonstances exactes du sinistre, l’origine de la cargaison, l’identité de son propriétaire et les éventuelles responsabilités aient été clairement établies? Dans de pareIls cas, les circonstances du départ du feu doivent être établies.
Des témoignages évoquent notamment un camion transportant de l’essence de contrebande, tandis que d’autres versions font état d’un éventuel lien avec une station-service. Aucune de ces hypothèses n’ayant été officiellement confirmée, l’enquête doit justement permettre de démêler le vrai du faux. Si une enquête établit qu’une personne physique ou morale a manqué à ses obligations et que ce manquement a contribué au drame, sa responsabilité doit être recherchée. Dans un État de droit, l’enquête ne devrait pas dépendre du statut social, économique ou politique de celui qui peut être impliqué. Qu’il soit inconnu, homme d’affaires influent ou personnalité supposée proche du pouvoir, la règle doit rester la même.
Le temps joue-t-il contre les victimes ?
Plus les jours passent, on se demande la raison pour laquelle les responsabilités ne sont-elles pas encore clairement situées. Lorsqu’un incendie impliquant des produits inflammables provoque autant de dégâts, les premières investigations devraient permettre d’identifier les propriétaires de la marchandise et des véhicules concernés, de déterminer les éventuelles infractions et de situer les responsabilités. Or, à entendre les victimes et au regard des informations qui circulent, les lignes semblent peu bouger. Cette lenteur nourrit les soupçons. Elle donne l’impression qu’une main invisible veut ralentir le traitement du dossier. Mieux, l’absence de communication des autorités suscite des interrogations.
Les victimes ne doivent pas être réduites au silence
Les victimes d’Avakpa n’ont pas seulement besoin d’un arrangement. Elles ont besoin de savoir les causes, les circonstances et qui doit répondre des conséquences, si des fautes ont été commises. Une victime peut accepter une solution amiable tout en conservant, selon le cadre juridique applicable, ses droits et les garanties nécessaires. Le plus inquiétant est de transformer le dialogue en instrument de pression ou de dissuasion, car derrière chaque maison endommagée, chaque véhicule détruit et chaque bien parti en fumée, il y a des citoyens qui ont le droit d’obtenir réparation. Ce dossier mérite une enquête transparente, des responsabilités clairement établies et, le cas échéant, des sanctions.
Alassane Touré