Les dirigeants ouest-africains ont réaffirmé leur volonté de lancer la monnaie unique ECO en 2027. Le projet sera toutefois mis en œuvre de manière progressive, les premiers pays participants devant satisfaire aux critères de convergence macroéconomique.
Réunis à Lungi, en Sierra Leone, lors de la 69ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont confirmé leur ambition de lancer l’ECO en 2027. Contrairement aux précédentes échéances, plusieurs fois reportées, l’organisation a retenu une approche graduelle : seuls les États respectant les critères de convergence économique intégreront la première phase du projet.
Les chefs d’État ont également demandé à la Commission de la CEDEAO et à l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) d’accélérer les consultations avec les banques centrales afin de lever les derniers obstacles techniques. Ils se sont félicités de l’enregistrement de la marque « ECO » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) et ont accepté la demande de la Guinée de rejoindre la Task Force présidentielle chargée du projet.
Lancé il y a plus de deux décennies, le projet d’ECO vise à remplacer les monnaies nationales des États membres par une devise commune afin de faciliter les échanges commerciaux, renforcer l’intégration régionale et réduire les coûts des transactions. Sa concrétisation demeure toutefois confrontée à d’importants défis, notamment la maîtrise de l’inflation, la discipline budgétaire, la stabilité des taux de change et l’harmonisation des politiques monétaires. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO ajoute une nouvelle incertitude. Toutefois, ces trois pays restant membres de l’UEMOA et utilisateurs du franc CFA.
Le débat autour de l’ECO avait été relancé avec le président français Emmanuel Macron, lors d’un entretien accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde en marge d’un sommet Afrique-France. Le chef de l’État français avait assuré que la France n’avait « pas vocation à décider » de l’avenir de la monnaie ouest-africaine. Il a estimé que ce choix relevait exclusivement des États africains. Il avait également soutenu la réforme du franc CFA engagée avec les pays de l’UEMOA, marquée par la fin de la présence française dans les instances de gouvernance de la BCEAO et la suppression de l’obligation de dépôt des réserves de change auprès du Trésor français.
Si l’objectif de 2027 est maintenu, plusieurs économistes estiment que le succès de l’ECO dépendra avant tout de la capacité des États membres à respecter durablement les critères de convergence et à bâtir une gouvernance monétaire crédible. Une condition indispensable pour faire de cette monnaie un véritable instrument d’intégration régionale.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU