Depuis son accession à la magistrature suprême, le président de la République, Romuald Wadagni, a multiplié les déplacements à l’étranger dans le cadre de sa diplomatie présidentielle. Diplomatie économique, participation à des sommets internationaux, visites de travail ou rencontres bilatérales, les occasions ne manquent pas pour le chef de l’État de porter la voix du Bénin sur la scène internationale. Si les premières missions officielles ont bénéficié d’une communication relativement soutenue, force est de constater que, depuis quelques semaines, une certaine opacité s’installe autour des voyages du chef de l’État.
Il devient de plus en plus difficile pour les citoyens de suivre avec précision les déplacements du président. Tantôt les communiqués annonçant un voyage sont publiés avec plusieurs heures de retard, tantôt ils ne sont diffusés qu’à un cercle restreint de médias. Plus préoccupant encore, certains déplacements ne donnent lieu qu’à la diffusion de quelques photographies ou d’une courte vidéo récapitulative publiées sur les réseaux sociaux, sans aucune explication détaillée sur les objectifs poursuivis, les personnalités rencontrées, les accords conclus ou les bénéfices attendus pour le Bénin.
Cette situation ne rime pas avec les caractéristiques d’une gouvernance où la transparence constitue un élément essentiel. Lorsqu’un chef d’État effectue une mission à l’étranger, il ne voyage pas à titre personnel. Il est l’ambassadeur de toute une Nation. Les ressources publiques mises à disposition pour ces déplacements imposent un devoir de reddition de compte aux citoyens qui sont en droit de connaître les retombées de ces missions diplomatiques. Le silence observé du côté du gouvernement empire la situation. La ministre des Affaires étrangères, Corinne Amori Brunet, reste discrète sur les enjeux diplomatiques des différentes missions présidentielles.
De son côté, le ministre de l’Économie, chargé notamment de la mobilisation des ressources extérieures et de la gestion de la dette, Hugues Oscar Lokossou, ne communique point sur les éventuelles impacts économiques, financiers ou les partenariats obtenus à l’issue de ces déplacements. Il faut se rappeler. Sous la présidence de Patrice Talon, les voyages officiels donnaient lieu à des points de presse animés par le ministre des Affaires étrangères d’alors, Aurélien Agbénonci, ou son successeur Adjadi Bakari . Ces rencontres avec les médias permettaient de présenter les résultats des missions, d’expliquer les enjeux des accords signés et de répondre aux préoccupations de l’opinion.
Sous le président de la République Romuald Wadagni, cette pratique semble avoir disparu. Or, une communication institutionnelle ne saurait se limiter à la publication de quelques images sélectionnées sur les réseaux sociaux. Les citoyens attendent des annonces fortes, des informations précises, des chiffres, des engagements, des résultats et des perspectives. Dans les grandes démocraties, les agendas officiels des chefs d’État sont régulièrement rendus publics, les objectifs des missions sont clairement expliqués et un compte rendu détaillé est présenté au retour afin que les populations puissent apprécier les résultats obtenus. A défaut, cette situation donne droit aux spéculations, rumeurs et interprétations les plus diverses.
Il est clair que les déplacements des chefs d’État ne relèvent pas de secret d’État. Le gouvernement gagnerait donc à instaurer une véritable politique de communication autour des déplacements du chef de l’État dont la publication préalable de l’agenda officiel, la présentation des objectifs poursuivis, le point de presse au terme des missions et diffusion des accords ou engagements obtenus.
Alassane Touré