Au domicile du regretté, ancien député béninois Séfou Fagbohoun, dimanche 30 août à Adja-Ouèrè, plusieurs figures politiques béninoises se sont succédé pour témoigner sur la mémoire de l’ancien homme politique. Parmi elles, Bruno Amoussou et Boni Yayi ont salué le parcours et l’engagement de celui qui aura marqué la vie politique nationale.
Outre les hommages rendus à Séfou Fagbohoun, Boni Yayi, devant les parents, amis et proches du disparu, a profité de sa présence à Adja-Ouèrè pour revenir sur sa relation avec le défunt. Dans son témoignage, il a surtout insisté sur la nécessité de préserver la paix et de dépasser les différends politiques. Pour l’ancien chef de l’État, cette disparition doit servir de leçon aux acteurs politiques. Au-delà des divergences, chacun doit pouvoir reconnaître ses erreurs afin que les générations futures ne reproduisent pas les mêmes choses. Dans ce sens, le sénateur a invité les acteurs politiques du Bénin à tirer les leçons des erreurs du passé. « Naturellement, la politique est cruelle. À partir de cette disparition, qui a nécessité ma présence ici à Adja-Ouèrè, chacun doit faire son meilleur coup de pas. Là où on a trébuché, nous devons le dire, pour que les jeunes générations ne puissent pas nous imiter et pour que ce pays puisse aller de l’avant », a-t-il déclaré.
Poursuivant son appel, l’ancien président des Démocrates a insisté sur la nécessité de mettre fin aux règlements de comptes et d’éviter de tout ramener aux personnes. « Pour que ce pays puisse aller de l’avant. Les règlements de comptes, il faut en finir. Il faut cesser de personnaliser », a-t-il insisté.Dans le même temps, le sénateur a rappelé la place de la paix dans la vie du pays. Selon lui, Fagbohoun avait toujours prié pour la paix au Bénin. « De 2006 à 2016, il a toujours prié pour ce pays, pour qu’il y ait la paix. La paix n’a pas de prix », a-t-il témoigné. Partant de là, l’ancien chef de l’État invite les uns et les autres à éviter les actes qui pourraient compromettre cette paix. « Nous devons éviter de poser des actes qui compromettent la paix. C’est cette paix qui nous conduit au développement, à la prospérité partagée », a-t-il poursuivi.
Au-delà de la paix, le dialogue reste également, selon lui, une nécessité. « Il faut créer les conditions pour que nous puissions instaurer le dialogue, qu’on se parle sur la gestion de ce pays », a-t-il déclaré. À l’en croire, les divergences politiques ne doivent pas empêcher les acteurs de se parler et de travailler pour l’intérêt du pays.
Le regret de Boni Yayi sur sa relation avec Fagbohoun
Revenant sur sa relation avec l’ancien député, Boni Yayi n’a pas caché certains regrets. Son témoignage a notamment porté sur un dossier qu’il aurait, avec le recul, souhaité gérer autrement. « Je me suis demandé pardon à Dieu avant de venir lui dire pardon. J’aurais pu gérer ce dossier autrement. Et il a accepté ce pardon », a-t-il confié. Après cette démarche, les deux hommes ont renoué le contact, malgré leurs différentes sensibilités politiques. « Je n’ai pas tenu compte du fait qu’on était devenus de sensibilités politiques différentes. Non, pas du tout », a expliqué le sénateur.
Toutefois, Fagbohoun est resté, à ses yeux, un interlocuteur dont l’expérience et l’avis pouvaient lui être utiles. « Pour moi, désormais, il est devenu un homme politique dont il faut avoir le point de vue, auprès de qui il faut prendre des conseils », a-t-il déclaré.Cette relation retrouvée s’est poursuivie au fil du temps, même lorsque les deux hommes ne parvenaient pas à se rencontrer. « Des fois, on se fixait des rendez-vous, mais avec des agendas différents. On ne se voyait pas, mais on se parlait », a-t-il raconté.
Par ailleurs, l’ancien chef de l’État a évoqué la période où il s’était retrouvé au Nigeria et y avait passé huit mois. Durant cette période, les échanges se sont poursuivis. Il a notamment cité l’implication de Fagbohoun dans le règlement d’une situation qui concernait le président nigérian Muhammadu Buhari.Au terme de son témoignage, l’ancien président a surtout retenu le pardon entre les deux hommes. « Il a accepté mon pardon, il m’a accordé son pardon. Moi aussi, je lui ai accordé mon pardon et, plus que jamais, nous sommes restés ensemble », a-t-il déclaré.
Enfin, dans son message, l’ex-président de l’Union africaine a confié la mémoire de l’homme d’affaires et ancien député béninois à Dieu, priant pour qu’il l’accueille dans son royaume céleste. Il a également demandé la bénédiction divine sur sa famille, Adja-Ouèrè, Kétou et l’ensemble du Bénin.
Alola BIAOU