Fagbohoun n’est plus, mais les témoignages sur son parcours demeurent. C’est à ce juste titre que Bruno Amoussou a apporté, ce dimanche à Adja-Ouèrè, son témoignage sur la mémoire de l’ancien député et président du MADEP, décédé samedi 22 août 2026 à l’âge de 80 ans.
L’ancien président de l’Assemblée nationale du Bénin est revenu notamment sur l’origine de la fortune de Fagbohoun et sur l’attribution de la SONACOP à son groupe. Deux sujets qui, selon son témoignage, ont particulièrement fait souffrir l’ancien député : les soupçons autour de l’origine de sa richesse et les critiques relatives à l’attribution de la Société nationale des produits pétroliers à son groupe.En effet, concernant son enrichissement, Bruno Amoussou rejette les accusations selon lesquelles Fagbohoun aurait eu recours à un sacrifice humain pour bâtir sa fortune. Il évoque plutôt une opération commerciale née d’une rencontre avec un client hollandais qui cherchait un partenaire au Bénin.
À cette époque, Séfou Fagbohoun était encore chauffeur. Sur son véhicule figurait la mention » LS Fagbohoun » . L’un de ses clients, qui recherchait un partenaire commercial, l’aurait alors sollicité pour l’accompagner dans ses démarches. C’est ainsi que Fagbohoun s’est retrouvé chez Idi Malam, adjoint de Bruno Amoussou au sein de la Société dahoméenne de Banque (SDB). « L’Hollandais lui a demandé de lui trouver des clients. Et comme Fagbahoun était un grand ami de mon adjoint et de moi-même, au sein de la Société dahoméenne de Banque (SDB), ils ont ménagé un rendez-vous pour venir me voir et m’aider si l’Hollandais avait trouvé des partenaires », rapporte Bruno Amoussou.
La rencontre va finalement prendre une autre tournure. Alors que l’objectif était de trouver un opérateur susceptible de travailler avec ce client, Fagbohoun aurait lui-même indiqué, devant Bruno Amoussou, qu’il pouvait réaliser l’affaire. La confiance lui a alors été accordé
Dans la suite de son récit, l’ancien ministre d’État évoque également une carte de visite de ce Hollandais, qui occupait une place particulière dans cette histoire. Retrouvée deux ans plus tôt, Bruno Amoussou dit l’avoir ensuite remise à Fagbohoun.« La carte de visite de ce Hollandais et ce qu’elle avait écrit dessous, je l’ai retrouvée il y a deux ans et je l’ai ramenée à Fagbahoun aussi », témoigne-t-il.
Cette carte, selon son récit, revêtait une importance particulière pour le disparu. « Je dis à ses enfants : si vous trouvez une carte de visite sur laquelle elle a écrit “Frédéric” en hollandais et qui se trouve dans une enveloppe bleue, parce que, quand je suis arrivé, il n’a plus voulu que je parte avec la carte. Il l’a prise, l’a mise dans une enveloppe bleue et il est rentré dans sa chambre », raconte-t-il.
L’ancien président de l’Assemblée nationale établit ensuite un lien entre cette opération commerciale et l’évolution de la situation financière de Fagbohoun. « Si vous retrouvez ça, sachez que cette carte, votre père y tient beaucoup, parce que l’opération qui a été faite à partir de cette carte a changé la vie de Fagbahoun ».
Cette ascension rapide avait, selon le témoignage, alimenté les rumeurs autour de l’origine de sa fortune.« Beaucoup ont cru, et cela a circulé, que Fagbahoun avait fait un sacrifice humain au sein de la Société dahoméenne, parce que son changement de statut a été très brutal », affirme Bruno Amoussou.
À l’en croire, cette richesse serait plutôt liée à une opération commerciale réalisée dans un contexte économique favorable.
« Parce qu’au même moment, le gouvernement nigérien avait pris des mesures en faveur des fonctionnaires et la demande de certains produits était très forte pour Fagbahoun », explique-t-il, avant de conclure sur ce point : « Fagbahoun s’est enrichi comme ça. Il n’a tué personne. »
Quid de l’attribution de la SONACOP au groupe Fagbohoun ?
Bruno Amoussou revient également sur l’attribution de la SONACOP au groupe de Séfou Fagbohoun. Albert Tévoédjrè était alors ministre du Plan et le groupe avait été déclaré adjudicataire. Une cérémonie de remise des clés de la SONACOP avait été organisée les 29 et 30 juin 1989.
Dans ce contexte, entre-temps, un remaniement ministériel était intervenu. Bruno Amoussou avait alors succédé à Albert Tévoédjrè au ministère du Plan. « Le 29, il y a eu un remaniement ministériel et je suis devenu ministre du Plan à la place de Albert Tévoédjrè. Mon premier acte, donc, en tant que ministre du Plan, a été d’aller remettre les clés de la SONACOP à Fagbahoun ».
La démarche avait été effectuée avec le ministre des Finances de l’époque, Abdoulaye Bio Tchané.« Nous étions deux ministres, et lors de la cérémonie qu’Albert Tévoédjrè avait organisée, nous étions deux ministres à aller remettre les clés. Mon collègue, le ministre des Finances, Abdoulaye Bio Tchané, et moi-même », précise-t-il.
Sur les critiques ayant entouré cette attribution, l’ancien président de l’Assemblée nationale se veut catégorique.« Mais ce que je veux affirmer aujourd’hui, c’est que, concernant l’attribution de cette société à Fagbahoun, je ne connais aucune faute, ni de la part d’Albert Tévoédjrè, ni de la part de Fagbahoun, ni dans l’attribution ».
Après sa prise de fonction, Bruno Amoussou affirme avoir consulté le dossier, alors que la procédure était déjà engagée avant son arrivée au ministère.« Parce que, lorsque vous consultez le dossier, c’est comme je l’ai fait, puisque c’était déjà fait avant mon arrivée, vous voyez bien que l’offre de Fagbahoun était deux fois supérieure à ce que j’avais directement ».
Pour l’ancien ministre, le choix du groupe Fagbohoun comme adjudicataire ne posait donc pas de problème particulier.
« Donc, il n’y avait aucun problème particulier à choisir comme adjudicataire le groupe Fagbahoun ».
De son vivant, Séfou Fagbohoun aurait régulièrement évoqué ces deux épisodes avec Bruno Amoussou. Ces accusations, selon ce dernier, avaient profondément marqué l’ancien député. « Il a beaucoup souffert de ces deux choses : du fait qu’on le soupçonne d’avoir sacrifié un enfant pour s’enrichir, et du fait qu’on a mis en cause l’attribution de la SONACOP à son groupe. Il en a beaucoup souffert. Et chaque fois que nous nous retrouvons, il l’évoque », ajoute-t-il.
En prenant la parole après la disparition de Séfou Fagbohoun, l’ancien président de l’Assemblée nationale dit ainsi vouloir apporter des précisions sur ces épisodes et « laver sa mémoire » sur ces deux points.
Alola BIAOU