Donner davantage d’ampleur aux grandes manifestations culturelles, professionnaliser leur organisation et renforcer leur attractivité : c’est l’ambition affichée par l’État béninois à travers sa volonté de prendre en charge l’organisation de rendez-vous comme les Vodun Days, le Festival des masques et, désormais, la Gaani. Une démarche qui peut être saluée, à condition de ne pas transformer le patrimoine culturel national en instrument de communication politique.
Le Bénin semble avoir fait le choix de changer d’échelle dans la promotion de sa culture. Après les Vodun Days et le Festival des masques, l’État entend désormais s’impliquer davantage dans l’organisation de la Gaani. L’objectif est clair : donner à ces manifestations une organisation plus structurée, une meilleure visibilité et surtout une capacité d’attraction susceptible de dépasser les frontières nationales. L’initiative est bonne. La culture est un levier de rayonnement, de tourisme et de développement économique. Lorsqu’une fête traditionnelle bénéficie d’une organisation professionnelle, d’une communication appropriée et des infrastructures de haut standing, elle peut devenir un véritable produit culturel et touristique.
Mais il faut faire une nuance. Prendre en charge l’organisation d’une manifestation culturelle ne signifie pas nécessairement en devenir le propriétaire politique. Il existe une différence fondamentale entre institutionnaliser une fête et la politiser. L’État peut apporter des moyens, améliorer les infrastructures, professionnaliser la communication et accompagner les communautés détentrices de ces traditions. Il peut également inscrire ces manifestations dans une stratégie nationale de promotion du patrimoine. Mais la fête appartient avant tout à la communauté qui la porte.
L’implication de l’État est légitime. Celle des partis politiques dans la récupération de cette implication l’est beaucoup moins. Il faut éviter que les réalisations publiques dans le domaine culturel deviennent des arguments de propagande au profit d’une formation politique ou d’un bord. Une manifestation culturelle organisée avec les ressources de l’État ne devrait pas se transformer en meeting politique déguisé. La nuance est donc essentielle. L’État peut être l’organisateur, mais aucun parti ne devrait pouvoir se présenter comme le propriétaire politique de la fête. Cette approche permettrait de faire de ces rendez-vous des patrimoines communs, et non des vitrines d’un pouvoir. Institutionnaliser et promouvoir les fêtes culturelles, oui. Mais les politiser serait franchir un rubicond qu’il serait dangereux de franchir.

Alassane Touré