L’offre de Moscou d’apporter un « appui technique » à l’élection présidentielle malgache d’octobre 2027 réveille un vieux réflexe en Afrique. À Antananarivo comme à Bangui avant elle, le Kremlin propose son expertise électorale au moment précis où une junte cherche à légitimer son pouvoir.
En République centrafricaine, le « soutien technique » de la Russie à l’Agence nationale des élections s’est transformé en prise de contrôle. Sous couvert de formation et de logistique, les forces russes, d’abord sous le label Wagner, ont sécurisé les bureaux de vote stratégiques, contrôlé les flux d’électeurs et fait remonter des résultats conformes aux attentes du Kremlin.
Les observateurs ont dénoncé des bourrages d’urnes systématiques, des menaces contre les adversaires de Faustin Archange Touadéra et des intimidations ciblées.
Moscou aurait influencé la révision constitutionnelle qui a permis à Touadéra de briguer un troisième mandat. Ce basculement a conduit à État affaibli, un peuple appauvri et des mines comme celle de Ndassima confiées à Wagner sans versement de taxes.
Madagascar 2027 : les mêmes pions bougent
Depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina, à la suite du renversement d’Andry Rajoelina en octobre 2025, Antananarivo a multiplié les contacts avec Moscou. En février 2026, le chef de la transition s’est rendu au Kremlin pour rencontrer Vladimir Poutine. Depuis, la coopération militaire s’est accélérée. Des instructeurs de l’Africa Corps se sont installés dans le camp du bataillon parachutiste d’Ivato, officiellement pour former l’armée malgache. Moscou a également livré du matériel à l’armée.
Le rapprochement touche également le domaine électoral. En avril dernier, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Thierry Rakotonarivo, s’est rendu à Moscou, où son homologue russe Ella Pamfilova a proposé un soutien financier, matériel et technique. La formation d’agents électoraux malgaches par la Russie est également prévue.
C’est précisément cette présence au cœur du processus électoral qui inquiète certains observateurs. La présidentielle doit se tenir au plus tard en novembre 2027, selon la feuille de route présentée par les autorités de transition. Or la refondation institutionnelle, notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution et la réforme du système électoral, doit encore être menée.
Pour la société civile malgache, c’est « l’aide du diable ». Au delà de l’objectif technique affiché, celui de former, superviser les listes, contrôler la logistique et la transmission des résultats, se cache une autre idée. L’objectif réel serait politique : s’assurer qu’à la tête de l’État siège un homme favorable aux intérêts russes.
Au-delà des urnes : sécuriser les mines
Le rapprochement ne se limite pas aux élections. L’enjeu est clair. Madagascar détient du nickel, du cobalt, du graphite et des terres rares. En 2025, nickel et cobalt représentaient 21,5% des exportations. Pour plusieurs observateurs, exactement comme en Centrafrique avec l’or, Moscou veut verrouiller l’accès à ces ressources stratégiques dans l’océan Indien. Un nouveau parti, le Réveil patriotique de Madagascar uni, dirigé par Richard Rakotonirina, ancien des « Amis de la Russie », porte déjà un discours anti-occidental et pro-BRICS.
Madagascar a donc un choix. Refuser cette ingérence et protéger la souveraineté de son vote, ou ouvrir la porte à une tutelle dont Bangui paie aujourd’hui le prix fort. Quand Moscou propose son « soutien technique », l’histoire africaine récente prouve qu’il s’agit moins de renforcer la démocratie que de la vider de sa substance.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU