De plusieurs formations politiques légalement reconnues à seulement trois forces qui occupent véritablement le devant de la scène politique. Au Bénin, le paysage partisan s’est profondément transformé ces dernières années. L’Union progressiste le Renouveau (Up le Renouveau), le Bloc républicain (Br) et Les Démocrates (Ld) concentrent désormais l’essentiel de l’animation politique nationale. Derrière cette disparition des partis se cache une combinaison de contraintes juridiques, de choix stratégiques, de difficultés financières et de trêve politique.
Depuis 2019, la multitude de formations politiques qui disposent d’une existence légale en République du Bénin s’effacent progressivement et au fil du temps en laissant désormais le monopole à trois grandes formations politiques pour faire le job de l’animation de la vie politique nationale. La Charte des partis politiques constitue l’un des principaux mécanismes de cette profonde mutation. L’article 27, alinéas 1 et 2, de la loi n°2018-31 du 15 novembre 2019 dispose que les partis sont tenus de participer aux élections législatives, communales et locales. Surtout, tout parti perd son statut juridique s’il ne présente pas de candidats à deux élections législatives consécutives.
Les partis ayant manqué les rendez-vous législatifs de 2019, 2023 et 2026 sont particulièrement exposés. C’est notamment le cas des Forces cauris pour le développement du Bénin (Fcdb), de la Dynamique unitaire pour le développement (Dud), de la Grande solidarité républicaine (Gsr), de Restaurer l’espoir (Re) et du Parti pour l’engagement et la relève (Per), la Nouvelle force nationale (Nfn) ainsi que de Nouvelle Alliance. Pour certaines de ces formations, l’enjeu n’est donc plus seulement de participer à l’animation politique, mais de préserver leur existence juridique. Cependant, la disparition progressive des formations politiques ne s’explique pas uniquement par cette disposition légale. La logique de fusion a également considérablement réduit le nombre de partis actifs. Plusieurs formations ont choisi de se regrouper pour survivre politiquement face aux nouvelles exigences du système partisan. Le Parti du renouveau démocratique (Prd), la Renaissance nationale (En), la Dud, le Per ou encore la Nouvelle Alliance de Théophile Yarou illustrent cette dynamique de recomposition.
À cela s’ajoute la contrainte financière. Dans un contexte où participer à une élection exige des moyens considérables, les formations disposant de ressources limitées n’arrivent pas à faire preuve dune présence permanente sur le terrain. Les exigences de la Charte et l’absence de financement fragilisent davantage les petites formations. Certaines existent encore juridiquement, mais leur capacité à organiser des activités et mobiliser leurs militants s’est considérablement réduite. Le silence de Moele Bénin depuis quelques mois, tout comme celui du Mpl, illustre les difficultés rencontrées par des formations qui ont pourtant participé à plusieurs échéances électorales.
La trêve politique…
La trêve politique constitue un autre facteur de cette mutisme des partis politiques. Dans un contexte où la confrontation politique a perdu de son intensité, l’espace politique est naturellement occupé par les trois grandes formations qui disposent d’une véritable capacité de mobilisation nationale : l’Up le Renouveau, le Bloc républicain et Les Démocrates. Les autres partis ont de plus en plus de difficultés à faire entendre leur voix. Le problème n’est pas nécessairement le nombre de partis. Entre les partis qui ont fusionné, ceux qui ont disparu faute de participation électorale et ceux qui subsistent sans véritable activité, l’espace politique béninois tend à se resserrer.
Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique est donc attendu sur cette situation. Au-delà de la seule application mécanique de l’article 27, une clarification sur le statut des formations concernées permettrait de connaître celles qui disposent encore d’une existence juridique effective et celles qui sont désormais en situation de perte de statut. Au fond, le Bénin se retrouve face à une nouvelle réalité politique. La pluralité des partis existe encore sur le papier, mais l’animation effective de la vie politique se concentre autour de trois formations. Entre exigences de la Charte, fusion, difficultés financières et trêve politique, le pluralisme partisan cède progressivement la place à une bipolarisation élargie autour de trois pôles. Une évolution qui mérite d’être observée de près, car la démocratie se mesure aussi à la capacité des différentes sensibilités à faire entendre leur voix.
Alassane Touré