La Chine a appelé ses ressortissants présents en Eswatini à quitter le royaume « dès que possible », invoquant une dégradation de la situation sécuritaire et la multiplication des affaires de fraude en ligne et de jeux d’argent illégaux. Mais cette décision intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Pékin et le seul pays africain qui entretient encore des relations officielles avec Taïwan.
Dans son avis consulaire, le ministère chinois des Affaires étrangères a décrit une situation sécuritaire « complexe » et conseillé aux citoyens et entreprises chinois de quitter l’Eswatini ou de se déplacer vers des zones jugées plus sûres, notamment en Afrique du Sud. Pékin affirme que cette décision résulte d’une évaluation prudente des risques et assure vouloir protéger ses ressortissants.
Cependant, le contexte politique nourrit les interrogations. L’Eswatini est le dernier allié diplomatique de Taïwan en Afrique, une île que Pékin considère comme une partie de son territoire. Les tensions se sont accentuées après la visite du président taïwanais Lai Ching-te dans le royaume en mai 2026. Quelques semaines plus tôt, une première visite avait dû être annulée après le refus de plusieurs pays africains d’autoriser le survol de son avion, Taipei accusant alors la Chine d’avoir exercé des pressions.
Le gouvernement eswatinien a fermement rejeté les arguments sécuritaires avancés par Pékin. Dans un communiqué, la porte-parole intérimaire Thabile Mdluli a estimé que toute présentation du pays comme faisant face à un risque sécuritaire « exceptionnel ou généralisé » était « non fondée et regrettable ». Les autorités reconnaissent avoir récemment mené des opérations contre des étrangers, principalement chinois, soupçonnés de cybercriminalité organisée, mais affirment que ces actions ont été conduites conformément à la loi.
Au-delà de la sécurité, cette affaire illustre donc le bras de fer diplomatique entre Pékin et Taipei. Pour l’Eswatini, la question est désormais aussi celle de la défense de sa souveraineté et de son droit à choisir librement ses partenaires internationaux.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU