La pluie diluvienne tombée dans la nuit du 4 au 5 mai sur Cotonou, Abomey-Calavi et plusieurs localités du Grand Nokoué a réveillé les vieux démons des inondations urbaines. Routes submergées, motos et véhicules en panne, habitations envahies par les eaux : la première grande pluie de la saison a provoqué colère et inquiétude. Si le directeur général de la SIRAT a tenté, ce jeudi 7 mai, de rassurer les populations en évoquant un phénomène exceptionnel vite maîtrisé grâce aux ouvrages réalisés, de nombreuses interrogations demeurent sur la capacité réelle de Cotonou à résister à des pluies plus longues et plus intenses.
Dans plusieurs quartiers de Cotonou et d’Abomey-Calavi, les images de rues transformées en rivières ont envahi les réseaux sociaux au lendemain de la pluie du 4 au 5 mai. À Sainte-Rita, Akpakpa, Godomey, Cocotomey ou encore Fifadji la circulation a été fortement perturbée. Des motocyclistes sont tombés en panne au milieu des eaux stagnantes, tandis que des riverains tentaient de sauver meubles et appareils électroménagers. Pourtant, quelques heures plus tard, l’eau avait pratiquement disparu de nombreux axes. Un constat qui a amené le directeur général de la SIRAT à défendre l’efficacité des infrastructures d’assainissement mises en place dans le cadre du projet Asphaltage et des programmes de drainage urbain.
En effet, selon lui, les fortes précipitations enregistrées étaient exceptionnelles. Il a évoqué près de 172 millimètres de pluie en trois heures, soit davantage qu’un mois de pluie habituel. À l’en croire, les ouvrages ont justement joué leur rôle puisque l’eau s’est retirée en une à deux heures dans plusieurs zones.
La SIRAT face aux inondations
Le DG de la SIRAT estime que les inondations observées ne traduisent pas un échec des infrastructures. Selon lui, les ouvrages sont conçus pour supporter des pluies importantes, mais pas des phénomènes “hors normes”. Il affirme également qu’il serait irréaliste de dimensionner les caniveaux et collecteurs pour empêcher toute stagnation d’eau, au risque de construire des ouvrages gigantesques et extrêmement coûteux. Et.pour illustrer son propos, il a comparé cette logique à celle d’une maison qu’on construirait pour résister à la chute d’un avion. Il soutient enfin que la rapidité du retrait des eaux prouve l’efficacité du système actuel.
Une défense qui soulève des limites
Il faut reconnaître une réalité : le projet Asphaltage a profondément transformé le visage de Cotonou et de plusieurs villes béninoises. Des axes autrefois impraticables sont désormais modernes et mieux drainés. Comparée aux années où certaines zones restaient sous l’eau pendant plusieurs jours, la situation a évolué.
Mais cela ne suffit pas à effacer les inquiétudes suscitées par cette première grande pluie. Car malgré les nouveaux aménagements, l’eau est montée plus vite et plus haut que d’habitude dans plusieurs quartiers. Pour de nombreux habitants, voir des routes récemment réhabilitées se retrouver submergées après quelques heures de pluie reste difficile à comprendre.
L’argument du phénomène exceptionnel mérite également d’être nuancé. Avec les changements climatiques, les épisodes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents. Ce qui était rare hier peut devenir habituel demain. Dès lors, peut-on encore considérer ces fortes pluies comme de simples exceptions ? La véritable question est ailleurs. Que se passera-t-il si Cotonou et Abomey-Calavi subissent deux ou trois jours de pluie continue ? Si trois heures de fortes précipitations ont suffi à provoquer autant de perturbations, quel serait l’impact d’un épisode prolongé ?
Prévenir vaut mieux que guérir. Attendre que les ouvrages soient dépassés avant d’agir serait une erreur. Les autorités gagneraient à accélérer les travaux inachevés, renforcer les systèmes de drainage, protéger les zones naturelles d’écoulement et anticiper davantage les risques futurs.
Car au-delà des chiffres et des explications techniques, une réalité demeure : les populations veulent être rassurées, non seulement sur la capacité des eaux à se retirer rapidement, mais surtout sur la capacité des villes béninoises à éviter que ces scènes ne deviennent la norme à chaque saison des pluies.
Gildas AHOGNI