Le dimanche 12 avril 2026, les Béninois ont massivement accompli leur devoir civique en portant Romuald Wadagni à la magistrature suprême, dans la continuité du régime de Patrice Talon. Selon les chiffres officiels de la Commission électorale nationale autonome, le scrutin a enregistré un taux de participation de plus de 57 %, avec une victoire écrasante du duo Wadagni – Talata, chiffré à 94,05 % des suffrages. Une performance électorale remarquable, mais qui suscite déjà des querelles de paternité au sein même du camp victorieux.
À peine quelques heures après l’élection présidentielle, les premières crises apparaissent dans la mouvance présidentielle. En cause, la revendication de la mobilisation populaire qui a conduit à la victoire sans appel de Romuald Wadagni et de sa colisitière Mariam Chabi Talata à l’issue de la présidentielle du 12 avril dernier. Derrière l’unité de façade affichée pendant la campagne, les ambitions et les calculs politiques refont surface. D’un côté, les mouvements et associations de circonstance ayant soutenu la candidature de Romuald Wadagni revendiquent le rôle déterminant qu’ils auraient joué dans la forte mobilisation des électeurs.
Selon eux, leur proximité avec les populations et leur capacité de mobilisation de terrain auraient largement contribué à hisser le taux de participation au-delà des 57 % et à garantir le score fleuve du duo Wadagni – Talata. De l’autre côté, les partis politiques de la mouvance, notamment le Bloc Républicain et l’Union progressiste le Renouveau se présentent comme les véritables architectes de cette victoire, mettant en avant leur maillage territorial et leur expérience des batailles électorales. À leurs yeux, la mobilisation observée est avant tout le fruit d’un travail politique de longue date. Le message de remerciement adressé aux populations et signé par ces deux grandes formations illustre clairement leur volonté de s’attribuer la paternité de cette performance.
Ce faisant, chacun tire le drap de son côté. Cette bataille de communication, loin d’être anodine, révèle en réalité une lutte d’influence pour le positionnement dans le futur appareil d’État. Car derrière la question de la mobilisation se cache un enjeu crucial, celui du partage du pouvoir. Ce débat devient dès lors la première véritable épreuve pour le nouveau locataire de la Marina. Si tous ces acteurs ont contribué, à des degrés divers, à son élection, chacun nourrit désormais l’espoir d’être récompensé. Les attentes sont grandes. Dans ce contexte, Romuald Wadagni est appelé à faire preuve de lucidité, de fermeté et surtout de sens politique. Il lui faudra éviter que cette guerre de positionnement ne dégénère en crise ouverte au sein de la mouvance, car une division précoce fragiliserait son mandat avant même son véritable démarrage. Il revient indubitablement à Romuald Wadagni de transformer cet apparent succès collectif en une gouvernance inclusive, équilibrée et apaisée. A défaut, cette querelle de paternité pourrait rapidement se muer en véritable guerre de leadership.
Alassane Touré