Élu, selon les résultats provisoires de la commission Électorale Nationale Autonome (Cena), à 94,05% au premier tour de la présidentielle du 12 Avril 2016, Romuald Wadagni a désormais la responsabilité de décrisper l’atmosphère socio-politique restée délétère depuis 2016. Il doit adopter une gestion participative en incluant toutes les composantes de la société béninoise dans la mise en œuvre de sa politique. Et pour y arriver, il conviendra pour le nouvel homme fort du Bénin de faire profil bas en misant sur des accords nécessaires pour non seulement inclure tout le peuple béninois mais aussi et surtout éviter qu’aux premières heures de son régime des frustrations venant de son propre camp, constituent un frein pour la mise en œuvre de son programme d’action.
Le premier défi à relever par le nouveau président élu, Romuald Wadagni, est la formation de son tout premier gouvernement. Pour cause, les attentes sont nombreuses. Dès sa désignation comme candidat de la mouvance présidentielle en Août 2025, le ministre de l’économie et des finances, désormais président, a commencé par recevoir des pluies de soutiens qui n’ont cessé qu’après la clôture de la campagne électorale le 10 Avril 2026. En plus des partis régulièrement reconnus tels que l’Union Progressiste le Renouveau (Up-r), le Bloc Républicain (Br), Moelle Bénin, Nouvelle Force Nationale (Nfn), Mouvement Populaire de Libération (MPL), Grande Solidarité Républicaine (Gsr), des mouvements politiques ont été créés dans presque tous les départements du Bénin pour soutenir le duo Wadagni-Talata.
Dans la presse, les béninois ne lisent, ne regardent, n’entendent et ne ressentent que Wadagni qui, avant le vote, était élu. Il fallait que tout le monde rentre dans « Le Rang ». Quelques heures avant le début de la campagne électorale, le duo a reçu plusieurs autres renforts venant de la plus farouche opposition au régime du président Patrice Talon. Une frange importante du parti Les Démocrates (LD) écarté de la présidentielle, s’est ralliée à la cause du duo dont le seul désormais adversaire crédible est le taux de participation qui aura fait courir tous ses soutiens dans tout le pays. Le Secrétaire National à la communication des LD Guy Dossou Mitokpè avec ses soutiens, le Secrétaire aux affaires extérieures et fils du président du parti Chabi Yayi et Eric Houndété avec son Pacte Républicain et tous ses sociétaires se sont ralliés au duo et ont mouillé les maillots pour l’élection du candidat au premier tour à un fort taux de participation.
Des personnalités politiques et cadres de l’administration béninoise sans oublier les syndicalistes, les travailleurs, des pasteurs et têtes couronnées ont rejoint « Le Rang » pour des élections apaisées, pour obtenir plus de 58% comme taux de participation et faire élire le duo à plus de 94% des suffrages valablement exprimés. Même le duo candidat des Forces Cauris pour une Bénin Émergent (Fcbe) Paul Hounkpè n’a pas attendu les résultats provisoires de la Cena avant de reconnaitre sa défaite et féliciter Wadagni et Talata.
Une telle victoire avec de tels soutiens ne mérite-t-elle pas d’être gérée méticuleusement pour éviter d’inutiles frustrations ?
A en effet, trois catégories de soutiens constituent, après cette élection, un os dans la gorge du Président Wadagni surtout dans la formation de son gouvernement qui doit viser la réconciliation et l’apaisement du pays politiquement tendu depuis 2016. La première catégorie comprend les premiers soutiens issus des partis politiques et mouvements de premières heures sans oublier les personnalités politiques qui voudraient placer leurs protégés. La deuxième catégorie est composé de tous ceux qui, 10 ans durant, ont espéré des nominations dans le gouvernement du Président Talon mais qui ont été obligés de s’investir corps et âme dans la campagne de Wadagni pour son élection aux fins de garder l’absolu et ultime espoir de dernière chance.
Enfin, vient les soutiens venus de l’opposition qui, sans nul doute, ont d’une manière ou d’une autre, obtenu des accords aussi secrets soient-ils, avant de se mettre dans « Le Rang ». Tous ces soutiens politiques sans oublier, bien sûr, le Président Patrice Talon qui doit préserver ses arrières, espèrent une ou des places autour de la prochaine table du conseil des ministres du tout premier gouvernement du président de la République Romuald Wadagni. Ce dernier, au risque d’affronter aux premières heures de sa présidence, de grincements de dents, remous et même la constitution d’une opposition radicale issue de ses propres soutiens devra donc travailler à satisfaire ces grandes et nombreuses attentes qui se trouvent être celles du peuple béninois qui rêve d’une totale décrispation de l’atmosphère socio-politique sulfureuse que vit le Bénin depuis plus de 10 ans sous le régime dit de la rupture. C’est seulement à ce seul prix que le nouveau président pourra gouverner le Bénin avec moins de zones de turbulence malgré la trêve instaurée par la nouvelle constitution.