Cinquante ans après sa proclamation, la République arabe sahraouie démocratique reste au cœur d’un conflit non résolu. Les célébrations de cet anniversaire interviennent dans un contexte marqué par les avancées diplomatiques du Maroc.
Le Front Polisario a célébré, les 8 et 9 avril 2026, le 50ᵉ anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique, fondée le 27 février 1976. Les cérémonies se sont déroulées dans les camps de réfugiés sahraouis d’Aousserd, près de Tindouf, en Algérie, où des milliers de personnes se sont rassemblées pour marquer cet événement symbolique.
Défilé militaire, rassemblements populaires et prises de parole ont rythmé ces célébrations. Le président sahraoui, Brahim Ghali, a profité de l’occasion pour réaffirmer la position du mouvement indépendantiste. « Cinquante ans plus tard, notre engagement envers la liberté et l’indépendance reste total », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur la « détermination inébranlable » du peuple sahraoui à exercer son droit à l’autodétermination. Il a par ailleurs rejeté toute solution politique qui ne passerait pas par ce principe, estimant que « les solutions imposées ont prouvé leur échec ».
Le Maroc qui gagne du terrain
Mais cette commémoration intervient dans un contexte diplomatique en mutation, largement favorable à Rabat. Depuis plusieurs années, le Maroc consolide sa position sur la scène internationale autour de son plan d’autonomie présenté en 2007. Celui-ci est désormais soutenu par plus de 120 pays, dont des puissances majeures comme les États-Unis, la France ou encore l’Espagne, qui y voient une base « sérieuse et crédible » pour un règlement du conflit.
Cette dynamique s’explique d’abord par le blocage du processus référendaire sous l’égide de l’Organisation des Nations unies, resté sans issue depuis le cessez-le-feu de 1991. Face à cette impasse, de nombreux États privilégient une approche jugée plus pragmatique, l’indépendance apparaissant difficile à concrétiser dans les conditions actuelles. Jusqu’à présent, l’ONU considère le Sahara occidental comme étant un territoire non autonome.
Le contexte sécuritaire régional joue également en faveur de Rabat. Situé aux portes du Sahel, le Sahara occidental s’inscrit dans un environnement marqué par la montée des groupes armés. Le Maroc est perçu comme un acteur stable et un partenaire clé en matière de sécurité, ce qui renforce son attractivité auprès de ses alliés.
À cela s’ajoute une stratégie diplomatique active, illustrée par l’ouverture de consulats étrangers dans les villes de Laâyoune et Dakhla. Ces implantations sont interprétées comme des signes de reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine sur le territoire. En parallèle, le nombre d’États reconnaissant la RASD a diminué au fil des décennies, passant d’environ 80 à une quarantaine aujourd’hui.
Une démonstration de résilience sahraouie
Malgré ce recul diplomatique, le Front Polisario continue de mobiliser ses soutiens et de défendre une solution fondée sur le droit à l’autodétermination. Les célébrations du cinquantenaire ont ainsi servi de tribune pour réaffirmer cette ligne politique et maintenir la question sahraouie à l’agenda international.
Cinquante ans après la proclamation de la RASD, le conflit du Sahara occidental demeure dans l’impasse. Entre logique de souveraineté et principe d’autodétermination, il continue d’opposer deux visions irréconciliables, dans un contexte où les rapports de force diplomatiques semblent, de plus en plus, pencher en faveur du Maroc.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU