Alors que le spectre d’une nouvelle révision constitutionnelle plane sur le Bénin, tous les regards sont désormais tournés vers les députés de la 9ème législature. Ces représentants du peuple apparaissent aujourd’hui comme les derniers remparts capables d’empêcher ce que beaucoup qualifient déjà de « hold-up constitutionnel » orchestré par la mouvance présidentielle.
Les députés seront en séance ce vendredi pour l’étude et l’éventuelle adoption de la proposition de loi portant révision de la Constitution, introduite par deux députés issus du camp présidentiel. Une initiative qui suscite de vives inquiétudes au sein de la population, de la société civile et même d’une frange de la classe politique. Et pour cause ! Derrière cette proposition, se cachent des articles capables de mettre à mal la démocratie béninoise, notamment la création d’un Sénat, perçue comme un moyen de multiplier les institutions coûteuses et de renforcer le contrôle du pouvoir exécutif sur les rouages de l’État. D’autres dispositions, jugées criminogènes menacent directement les acquis démocratiques arrachés de haute lutte depuis la Conférence nationale de 1990 dont la liberté d’expression partisane. Nombreux sont les Béninois qui estiment que cette révision, si elle était adoptée, mettrait définitivement fin au pluralisme politique, musèlerait les partis d’opposition et plongerait le pays dans une ère d’incertitude institutionnelle. Le peuple béninois, déjà éprouvé par les restrictions des libertés publiques et la fragilisation de la démocratie, voit dans ce projet une nouvelle tentative de confiscation du pouvoir.
Les députés, les espoirs du peuple
Face à cette situation, la responsabilité historique des députés est engagée. Ils détiennent entre leurs mains le sort de la République et la possibilité d’éviter au Bénin un recul démocratique sans précédent. Voter contre ce projet, ce n’est pas défier un pouvoir, c’est protéger la patrie et refuser de trahir la mémoire des pères fondateurs de la Conférence nationale de 1990. En rejetant ce projet de loi, ils feraient non seulement œuvre de patriotisme, mais aussi acte de courage politique. C’est un acte héroïque pour sauver la démocratie et préserver la Constitution tout en rendant justice à l’esprit du 11 décembre 1990, celui d’un Bénin libre, pluraliste et respectueux de ses institutions. En ce moment décisif de l’histoire nationale, les députés peuvent encore sauver le Bénin. Ils doivent choisir entre la dignité et la soumission, entre le courage et la complicité, entre l’histoire et l’oubli. En le faisant, leurs noms seront gravés dans les annales de l’histoire démocratique du Bénin à l’instar du Monseigneur Isidore de Souza. Le peuple béninois observe et espère que ses représentants entendront son cri.
Mohamed Yèkini