Le scandale qui secoue la Direction des Examens et Concours (Dec) du ministère des Enseignements maternel et primaire (Memp) dépasse le simple cadre d’une affaire de primes. Il pose une question autrement plus préoccupante : s’agit-il d’un cas isolé ou d’une annonce d’un mal plus profond qui continuerait de gangrener certaines administrations publiques ?
L’affaire de découverte d’un réseau de rançonnement à la Direction des examens et concours du ministère des Enseignements maternel et primaire a de quoi interpeller. Selon les premiers éléments communiqués par la Police républicaine, un présumé système de rançonnement aurait été instauré autour des primes destinées aux enseignants mobilisés pour la supervision de l’examen du Certificat d’études primaires (Cep) 2026. Des agents auraient été contraints de rétrocéder une partie consistante de leurs émoluments, dans un climat marqué par la peur de représailles professionnelles.
Selon le porte-parole de la Police républicaine, le commissaire principal Éric Orou Yerima, les signalements reçus par les enquêteurs ont permis de mettre en branle une procédure qui a abouti à la présentation de huit suspects au Parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Au terme des auditions, une personne a été placée sous mandat de dépôt tandis que sept autres font l’objet de poursuites sans mandat de dépôt. Le contraste entre la prime officiellement annoncée et la somme effectivement perçue donne toute sa gravité à l’affaire. Pour une prime de 200 000 FCFA, les retenues auraient pu atteindre 160 000 francs Cfa, laissant à certains enseignants seulement 40 000 francs Cfa.
Plus troublant encore, les premiers éléments de l’enquête évoquent une pratique qui aurait perduré plusieurs années ainsi qu’un système de quotas dépourvu de base légale ou réglementaire. Mais le véritable enjeu commence peut-être là, car si les faits sont confirmés par la justice, comment un tel mécanisme a-t-il pu fonctionner aussi longtemps ? Comment des prélèvements aussi importants auraient-ils pu être opérés sans alerter les mécanismes internes de contrôle ? Combien d’agents ont-ils pu être victimes de ce système sans oser parler ? Ces interrogations dépassent largement le cadre des enquêtes actuelles. Elles invitent à regarder ailleurs.
Dans les autres directions, agences, sociétés et administrations publiques, il faut fouiller pour savoir s’il existe encore des pratiques similaires. Il faut vérifier si des agents sont encore contraints de reverser une partie de leurs primes, indemnités ou avantages pour conserver une fonction ou obtenir une affectation. La suspicion doit désormais servir de déclencheur à des contrôles plus approfondis. Les services compétents gagneraient à fouiller les « casiers et tiroirs » des différentes structures publiques, non pas dans une logique de chasse aux sorcières, mais au nom de la transparence et de la protection des deniers publics.
Nécessité d’élargir les enquêtes
Cette affaire de la Direction des examens et concours du Memppourrait bien être l’arbre qui cache la forêt. La création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) et le renforcement des mécanismes de contrôle n’ont manifestement pas suffi à faire disparaître toutes les tentations. Si les faits reprochés à la Dec sont établis, ils démontreraient qu’en dépit de l’arsenal institutionnel et juridique, certains individus continuent de croire que l’administration peut être transformée en terrain de prédation personnelle. C’est précisément ce qui inquiète.
Le Bénin ne peut pas se permettre de renouer avec les vieux démons qui ont longtemps nourri les critiques contre la gestion publique : népotisme, favoritisme, corruption et rançonnement. Ces pratiques, lorsqu’elles s’installent dans une administration, ne se contentent pas de vider les caisses. Elles détruisent la confiance, démotivent les agents, favorisent l’injustice et finissent par affecter la qualité du service rendu aux citoyens.L’affaire de la Dec doit donc être traitée avec toute la rigueur nécessaire. La justice devra établir les responsabilités individuelles, mesurer l’étendue du préjudice et déterminer si le système présumé était limité à quelques personnes ou s’il impliquait davantage d’acteurs.
Revoir les procédures
Au-delà du procès, l’heure est venue pour un véritable audit des pratiques de gestion des primes et indemnités dans les administrations publiques. Qui désigne les bénéficiaires ? Qui contrôle les montants ? Qui vérifie les paiements ? Un système de rançonnement qui aurait pu fonctionner plusieurs années ne serait pas seulement l’échec de quelques individus. Ce serait aussi la preuve que des failles existent quelque part dans le dispositif de contrôle. Lorsque les failles existent, les prédateurs finissent toujours par les trouver. Le scandale de la Dec ne doit donc pas seulement produire des interpellations et des poursuite, car si ce dossier n’était que la partie visible de l’iceberg, le plus grave serait encore sous la surface.
Mohamed Yèkini