Introduite le 31 octobre 2025, la proposition de la loi portant modification de la Constitution béninoise sera étudiée pour vote à l’Assemblée nationale ce vendredi 14 Novembre 2025. Ceci, après l’étape de la commission des lois qui a donné de façon unanime son quitus pour la recevabilité du texte. Au total, 07 modifications majeures sont introduites dans cette proposition de loi qui essuie depuis d’acerbes critiques. Si elle passe ce vendredi, c’est l’arrêt de mort de la démocratie béninoise pour des raisons évidentes, mais si cette révision échoue pour la énième fois, elle enterrera la rupture qui égrène d’ailleurs ses derniers jours à la tête du pays.
L’examen de la loi portant modification de la constitution béninoise a été reporté déjà deux fois depuis le 31 octobre 2025, date de son introduction. Ces reports ne sont rien d’autre que la conséquence d’une insuffisance de voix devant favoriser son adoption par la représentation nationale. Selon la constitution elle-même, sa modification ne peut être possible sans référendum, que si les 4/5 des députés votent pour. « La révision de la Constitution n’est acquise qu’après avoir été approuvée par référendum, sauf si le projet ou la proposition en cause a été approuvé à la majorité des quatre cinquièmes des membres composant l’Assemblée nationale », précise l’article 155 de la constitution de 1990 déjà modifié en 2019. Mais actuellement, la majorité parlementaire qui porte le projet ne dispose que de 81 députés ajoutés aux 06 élus démocrates démissionnaires. Il faudra donc un député de plus pour valider le projet qui porte en lui l’arme fatale qui enterrera la démocratie béninoise déjà agonisante.
Le vendredi 1er Mars 2024, la proposition de révision constitutionnelle faite par le député Assan Seïbou a été rejetée par 35 voix contre, 71 pour et 02 abstention. 07 élus de la mouvance présidentielle ont même rejeté cette proposition de loi au regard de son inopportunisme et des modifications qui devraient y être apportées. En ramenant le projet, la mouvance aurait-elle donc reculé pour mieux sauter ? Une chose est certaine, ce vendredi 14 novembre 2025, si la proposition de loi est rejetée, la majorité parlementaire et même la mouvance présidentielle toute entière à commencer par le président Patrice Talon en souffriront pour le restant du mandat. La majorité parlementaire volera en éclat, la mouvance lâchera le président qui est en fin de mandat étant donné que rien ne l’obligera à rester encore fidèle ou obéissante au chef de l’État qui se retrouvera seul dans sa rupture avec un avenir ambiguë tout autant que celui du duo candidat désigné, si non imposé de la mouvance, Romuald Wadagni. C’est donc, probablement un autre vendredi noir ce jour après celui du 1er Mars 2025. Les jeux de couloir, les lobbies, les manœuvres politiques sont certainement en cours pour réussir le passage en force de la révision qualifiée d’opportuniste et dangereux pour la démocratie béninoise.
De son côté, l’opposition avec sa minorité de blocage au parlement, soutenue le peuple béninois et bien d’analystes politiques et observateurs avertis de la vie politique béninoise, multiplie les réunions pour s’assurer l’intactibilité de ses 22 députés restants. Si la révision passe ce vendredi, elle signera l’arrêté de mort de la démocratie béninoise puisque plusieurs des dispositions modificatives de l’existant prévoient de quoi en finir définitivement avec surtout le pluralisme politique adopté depuis 1990. La nouvelle constitution prévoit en effet, en son article 5-1 que « A l’élection du Président de la République, les activités politiques des partis politiques et des corps de la Nation doivent converger au renforcement de l’action politique du Gouvernement jusqu’à l’année précédant la prochaine année électorale. Au cours de cette période de trêve des activités de compétition politique, l’activité des partis politiques ne doit pas compromettre l’action politique du président de la République et du Pouvoir exécutif. L’animation du débat politique à finalité compétitive est suspendue. L’activité politique doit être contributive et concourir au succès de l’action politique mise en œuvre par la majorité en charge de la direction de l’État. Le Sénat veille au respect des dispositions du présent article ». Une belle manière pour supprimer toute opposition au prochain régime, soumettre aussi bien la classe politique, la société civile que les médias qui ne parleront plus que d’une seule voix à savoir, chanter les louanges du président, de son gouvernement et de ses actions. Si la proposition de la loi portant modification de la Constitution, un anti chambre de l’exécutif, un conseil d’administration du gouvernement sera créé sous le couvert d’un Sénat pour légaliser l’impunité puisqu’aucun de ses membres ne pourra être inquiété par la justice, quel que soit le délit ou le crime.
Ce vendredi, la rupture tombe ou la démocratie meurt. Tout dépend des 109 représentants du peuple, locataires du Palais des gouverneurs.