Aujourd’hui le 26 Octobre 2025 nous souhaitons rendre hommage à l’homme du 26 octobre 1972. Qui est cet homme ?? Et qu’est-ce qui s’est réellement passé sous sa gouvernance de 1972 à 2006. Voici l’histoire de Mathieu Tcha Kérékou, notre Caméléon national.
Mathieu Kérékou, né le 2 septembre 1933 à Kouarfa, dans l’actuel département de l’Atacora au Bénin (alors colonie du Dahomey), est une figure majeure de l’histoire politique du Bénin et de l’Afrique de l’Ouest. Militaire de formation, chef d’État charismatique, marxiste-léniniste puis démocrate convaincu et enfin pasteur pentecôtiste, il demeure l’un des rares dirigeants africains à avoir exercé le pouvoir pendant plusieurs décennies tout en respectant la transition démocratique à la fin de son parcours.
I. Les débuts et la carrière militaire
Issu d’un milieu modeste du nord du Dahomey, Mathieu Kérékou s’engage très tôt dans la carrière militaire. Après avoir suivi une formation dans plusieurs écoles militaires du Mali et du Sénégal, il sert d’abord dans l’armée française, puis dans l’armée nationale du Dahomey après l’indépendance.
Il passe également par l’École des officiers du régime transitoire des troupes de marine de Fréjus (1958-1960), en France, où il affine ses compétences de commandement et de stratégie. Ambitieux et rigoureux, il gravit les échelons et atteint le grade de major.
II – Le coup d’État du 26 octobre 1972
Le 26 octobre 1972, le major Mathieu Kérékou entre dans l’histoire en renversant, sans effusion de sang, le gouvernement civil alors dirigé par le Conseil présidentiel.
Il proclame la fin de l’instabilité politique qui minait le pays et devient président de la République du Dahomey.
Ce coup d’État marque le début d’une ère nouvelle : Kérékou promet de restaurer l’ordre, la discipline et la dignité nationale.
III. La Révolution marxiste-léniniste et la naissance du Bénin
En 1974, Kérékou adopte officiellement le marxisme-léninisme comme idéologie d’État et fonde le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB), parti unique destiné à diriger le pays.
Le 30 novembre 1975, il change le nom du pays, qui devient la République Populaire du Bénin, symbolisant la rupture avec l’héritage colonial.
Sous sa direction, le Bénin connaît une politique de nationalisations (banques, entreprises, secteur pétrolier) et une réorganisation de l’administration sous le contrôle du Conseil National de la Révolution (CNR).
Mais ce régime autoritaire s’accompagne aussi d’une répression politique : les opposants et intellectuels critiques sont emprisonnés ou contraints à l’exil.
IV -L’affaire des mercenaires : l’opération Crevette (1977)
Le 17 janvier 1977, le régime de Kérékou est la cible d’une tentative de coup d’État orchestrée par des mercenaires étrangers, dirigés par le célèbre Français Bob Denard, dans une opération baptisée « Opération Crevette ».
Soutenus par plusieurs pays africains (Côte d’Ivoire, Togo, Zaïre, Maroc) et avec la bénédiction tacite de la France, ces mercenaires tentent de renverser le régime marxiste.
L’opération échoue complètement : les mercenaires sont capturés ou fuient, renforçant ainsi le prestige et l’autorité de Kérékou, désormais perçu comme le chef révolutionnaire qui a sauvé la souveraineté nationale.
V- La crise économique et la transition démocratique
Dans les années 1980, le Bénin traverse une grave crise économique aggravée par la mauvaise gestion et les sanctions internationales. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus payés, la dette explose, et le mécontentement social grandit.
Face à cette situation et à la chute du bloc soviétique, Kérékou comprend que l’heure est à la réforme. En 1990, il convoque la Conférence nationale des forces vives de la Nation, présidée par le Pr. Mgr Isidore de Souza, qui marque un tournant historique.
Cette conférence instaure le multipartisme intégral, met fin au régime marxiste-léniniste, nomme Nicéphore Soglo Premier ministre de transition et fixe la tenue d’élections libres.
Mathieu Kérékou accepte toutes les conclusions de la conférence, devenant ainsi le premier chef d’État africain à initier pacifiquement la transition vers la démocratie.
VI -Le retour démocratique et la présidence civile
Battu à la présidentielle de 1991 par Nicéphore Soglo, Kérékou quitte le pouvoir avec dignité et s’engage dans une nouvelle voie spirituelle.
Converti au christianisme évangélique, il devient pasteur pentecôtiste, demandant pardon à la nation pour les erreurs de son passé autoritaire.
En 1996, à la surprise générale, il revient au pouvoir par les urnes, remportant l’élection présidentielle face à son ancien Premier ministre. Il est réélu en 2001 pour un second mandat démocratique.
Durant cette période, Kérékou consolide la stabilité politique, garantit la liberté de presse (le Bénin étant alors classé parmi les pays les plus libres d’Afrique), et respecte scrupuleusement la Constitution en refusant toute modification pour prolonger son mandat ou dépasser la limite d’âge.
VII. La retraite et la mort
Le 6 avril 2006, fidèle à ses engagements démocratiques, il cède pacifiquement le pouvoir à Thomas Boni Yayi, élu président du Bénin.
Kérékou se retire ensuite de la vie politique, partageant son temps entre Cotonou et Natitingou, sa région natale.
Affaibli par l’âge et la maladie, il est hospitalisé à Paris en 2014, avant de rentrer au pays.
Le 14 octobre 2015, le Général Mathieu Kérékou s’éteint à Cotonou à l’âge de 82 ans. Son décès suscite une vive émotion nationale et internationale. Il laisse derrière lui l’image d’un homme d’État visionnaire, symbole de stabilité, de réconciliation nationale et de maturité démocratique.
VIII. Héritage
Mathieu Kérékou reste une figure complexe et fascinante :
Révolutionnaire autoritaire, il a aussi été artisan de la démocratie.
Chef militaire, mais aussi homme de foi.
Leader marxiste, devenu pasteur évangélique.
Son parcours illustre la capacité de transformation d’un homme au service de son pays et l’importance du pardon et de la rédemption dans l’histoire politique africaine.
Son nom demeure gravé dans la mémoire du Bénin comme celui du « Caméléon », surnom qui reflète sa capacité à s’adapter, à survivre et à guider son peuple à travers les plus grandes mutations de son histoire.