Alors que le SMIG au Bénin reste fixé à 52.000 FCFA et que nombre de fonctionnaires, ouvriers et agents contractuels peinent à joindre les deux bouts, les rémunérations accordées à certaines hautes fonctions politiques et administratives atteignent plusieurs millions de francs CFA. Des écarts vertigineux qui interrogent sur les priorités de l’État et alimentent le sentiment d’une profonde injustice sociale.
Longtemps considérée comme un sujet tabou, la question des salaires des responsables politiques revient avec insistance dans le débat public. La récente nomination des ministres-conseillers a ravivé les critiques sur le coût des institutions et les privilèges accordés aux dirigeants, dans un contexte où la majorité des travailleurs vivent avec des revenus modestes.
En effet, selon plusieurs textes réglementaires, un directeur de cabinet perçoit environ 2,3 millions de FCFA par mois, un secrétaire général de ministère 2,2 millions, tandis que les préfets et certains directeurs généraux d’agences publiques dépasseraient les 5 millions de FCFA mensuels. Les députés, eux, bénéficieraient d’une rémunération d’au moins 5,027 millions de FCFA, sans compter les divers avantages liés à leurs fonctions.
Des écarts difficilement justifiables
Face à ces montants, le contraste est saisissant. Le SMIG béninois, réévalué en 2023, est fixé à 52.000 FCFA. Une sage-femme totalisant plusieurs décennies de carrière touche moins de 200.000 FCFA. Des enseignants, policiers, agents de santé et autres fonctionnaires exercent dans des conditions parfois difficiles pour des salaires qui n’atteignent qu’une fraction des rémunérations politiques. Un député ou un directeur général gagnant plus de 5 millions de FCFA perçoit ainsi l’équivalent du salaire mensuel d’une centaine de travailleurs payés au SMIG. Une telle disproportion nourrit le sentiment que l’État rémunère davantage les fonctions politiques que le travail productif.
La comparaison avec d’autres pays est tout aussi révélatrice. Au Sénégal, le député de base percevrait environ 1,3 million de FCFA. En Côte d’Ivoire, cette rémunération tournerait autour de 2,6 millions de FCFA. En France, un député touche environ 7.600 euros, soit approximativement 5 millions de FCFA, mais dans une économie dont le produit intérieur brut est sans commune mesure avec celui du Bénin.
Ces comparaisons ne signifient pas que les responsables politiques ne doivent pas être correctement rémunérés. La dignité de la fonction et les exigences de l’État imposent une rémunération convenable. Mais lorsque l’écart entre les dirigeants et les travailleurs devient excessif, la cohésion sociale en souffre. Dans un pays où la cherté de la vie pèse sur les ménages, une revalorisation substantielle du SMIG apparaît comme une nécessité. Passer de 52.000 FCFA à un niveau plus conforme au coût réel de la vie constituerait un signal fort en faveur de la justice sociale.
Car au-delà des chiffres, une question fondamentale demeure : dans quelle mesure les sacrifices demandés à la population peuvent-ils être acceptés lorsque ceux qui gouvernent semblent évoluer dans une autre réalité salariale ? Une société équilibrée ne peut durablement prospérer sur des écarts aussi criants.
ASG