Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni prenait officiellement les rênes du Bénin des mains de Patrice Talon. À l’heure où son pouvoir s’apprête à boucler ses 100 premiers jours, le nouveau chef de l’État peut déjà revendiquer quelques avancées. Mais dans plusieurs secteurs qui touchent directement au quotidien des Béninois, les lignes n’ont véritablement pas bougé. Entre coût de la vie, santé, emploi, médias et climat politique, les attentes demeurent fortes.
Cent jours. C’est peu à l’échelle d’un mandat présidentiel, mais suffisamment long pour dessiner les premières tendances d’une gouvernance. Romuald Wadagni, élu le 12 avril 2026, avait promis de placer son mandat sous le signe de la continuité dans certains domaines, mais aussi de répondre plus directement aux préoccupations des populations. Or, au-delà des indicateurs macroéconomiques et des grands chantiers de l’État, le quotidien des citoyens reste marqué par plusieurs difficultés. Le panier de la ménagère continue de s’amenuiser. C’est sans doute l’un des dossiers les plus sensibles. Dans son discours d’investiture, Romuald Wadagni avait insisté sur une idée forte : la croissance économique ne saurait être appréciée uniquement à travers les chiffres, mais également à travers la capacité des populations à satisfaire leurs besoins vitaux. Cent jours plus tard, cette promesse se heurte à la réalité des marchés. Les prix de plusieurs produits de première nécessité demeurent élevés, voire poursuivent leur progression. Le gaz domestique, l’essence, le gasoil et certains services de base pèsent toujours lourdement sur les revenus des ménages. Le constat est d’autant plus préoccupant que l’État n’a pas engagé, à ce stade, de véritable politique de subvention permettant d’amortir le choc pour les consommateurs. Pour les familles aux revenus modestes, la croissance peine donc encore à se traduire par une amélioration sensible du pouvoir d’achat.
Santé : des avancées, mais l’urgence rénale demeure
Dans le domaine sanitaire, le gouvernement a posé quelques actes significatifs. La prise en charge des urgences avant paiement constitue notamment une mesure susceptible de changer le rapport des populations aux établissements de santé. La dotation de centres de santé en eau potable va également dans le sens d’une amélioration des conditions de prise en charge. Toutefois, ces avancées ne doivent pas masquer les points négatifs du système sanitaire. Le sort des personnes souffrant d’insuffisance rénale demeure particulièrement préoccupant. Des patients continuent de faire face à des difficultés d’accès aux séances de dialyse et à leur coût, avec des conséquences parfois dramatiques. Dans plusieurs pays de la sous-région, les pouvoirs publics ont choisi de subventionner davantage les soins liés à la dialyse. Au Bénin, l’attente d’une réponse demeure. La question est donc de savoir si les prochains mois permettront de passer des mesures générales à une véritable politique de prise en charge des pathologies lourdes.
Médias : un ministère, mais peu de changements concrets
La création d’un ministère chargé du secteur des médias et de la communication avait suscité des attentes chez les professionnels. Elle devait notamment traduire une volonté de donner davantage de visibilité et de poids institutionnel à un secteur stratégique pour la démocratie. Pour l’heure, les actes restent limités. Les premières rencontres entre le ministre de tutelle et les associations et faîtières de professionnels des médias constituent certes un premier pas. Néanmoins, elles ne suffisent pas à transformer les conditions d’exercice du métier. Financement de la presse, statut des professionnels, accès à l’information, protection sociale, modèle économique des entreprises de presse, les chantiers sont nombreux. Sur ces différents dossiers, les professionnels attendent encore des mesures concrètes. Pour l’instant, malgré la création du ministère, les lignes n’ont véritablement pas bougé.
Jeunesse : le chômage reste une plaie ouverte
L’autre sujet sensible reste l’emploi. La jeunesse béninoise demeure confrontée au chômage, mais surtout au sous-emploi. Des milliers de jeunes disposent de qualifications sans parvenir à accéder à des emplois correspondant à leur formation. L’enjeu dépasse pourtant la simple création d’emplois, mais de créer des emplois décents, suffisamment nombreux et répartis sur l’ensemble du territoire. Il concerne également la qualité des postes, la rémunération et la capacité de l’économie à absorber les nouvelles générations de diplômés. C’est dans cette perspective que l’instauration de pôles d’activités spécifiques à chaque région, annoncée par Romuald Wadagni durant la campagne, apparaît comme une initiative importante. L’objectif affiché était notamment de créer des écosystèmes économiques adaptés aux potentialités locales et susceptibles de générer des emplois. Mais entre l’annonce et la réalisation, il existe encore un chemin à parcourir. Ces pôles devront désormais passer de la parole à des réalisations visibles, avec des investissements, des entreprises et surtout des emplois à la clé.
Loyers, frais de scolarité et Smig : le pouvoir d’achat au cœur des attentes
La question du pouvoir d’achat ne se limite pas aux denrées alimentaires. Le logement constitue également une lourde charge pour les ménages. La réglementation des loyers apparaît ainsi comme un autre chantier attendu. Même attente du côté des frais de scolarité, dont la hausse pèse particulièrement sur les familles nombreuses. Une meilleure régulation permettrait de contenir certaines dérives et de réduire la pression financière exercée sur les parents à chaque rentrée scolaire. À cela s’ajoute l’application effective du Smig dans les entreprises privées. L’imposition du respect du salaire minimum doit permettre de garantir aux travailleurs un niveau de rémunération conforme aux exigences légales. Mais là encore, l’enjeu se situe moins dans l’existence de la règle que dans son contrôle et son application effective.
Une atmosphère politique qui reste crispée
Enfin, il y a le terrain politique. Le changement de président n’a pas automatiquement entraîné une détente de l’atmosphère politique. La détention de certains acteurs et l’exil d’autres figures continuent d’alimenter les tensions et de nourrir les critiques sur l’état du dialogue politique. Romuald Wadagni a hérité d’un contexte politique profondément marqué par les années Talon. Mais après 100 jours, le sentiment d’apaisement demeure encore difficile à percevoir. La question d’une véritable décrispation reste donc posée.
Cent jours après, les grandes attentes
Le président de la République, Romuald Wadagni n’a évidemment pas vocation à tout transformer en cent jours. Mais ces cent premières journées constituent un premier test de sa capacité à traduire ses promesses en réponses concrètes. Des points ont été marqués, notamment dans la santé, l’éducation et dans certaines mesures sociales. Mais les sujets qui touchent directement le quotidien sont oubliés : prix des produits de première nécessité, coût de l’énergie et du carburant, dialyse, emploi des jeunes, médias, loyers, frais de scolarité, application du Smig et climat politique. Des défis restent à être relevés, car les 100 premiers jours auront surtout montré une chose. Il est vrai que le pouvoir a changé de mains, mais dans plusieurs domaines essentiels, les lignes, elles, n’ont pas encore véritablement bougé.
Alassane Touré