Depuis plusieurs semaines, le prix du ciment connaît une flambée au Bénin. Dans les dépôts de vente comme sur les chantiers, les populations assistent sans réaction à une augmentation continue des coûts de ce matériau indispensable dans le secteur de l’immobilier et de la construction. Pendant ce temps, pendant que les réactions se multiplient, les associations de défense des droits des consommateurs préfèrent laisser les citoyens face à leur propre sort.
Il est un secret de polichinelle que le prix du ciment a augmenté dans les points de vente. Des citoyens et autres acteurs du secteur de la construction dénoncent une spéculation organisée autour du ciment. Même l’association des usines productrices de ciment a sorti un communiqué pour apporter des clarifications sur cette hausse qui alimente toutes les polémiques, mais au milieu de cette vague d’indignation, un silence interroge et choque : celui des associations de défense des consommateurs du Bénin.
Où sont donc passées ces organisations qui se présentent comme les porte-voix des consommateurs béninois ? Que font-elles pendant que les populations subissent depuis des semaines cette hausse vertigineuse des prix ? Pourquoi aucune déclaration forte, aucune conférence de presse, aucune sortie médiatique pour dénoncer cette situation qui rend malheureux davantage les citoyens ?
Le constat est malheureusement amer. Alors que de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce qui s’apparente à de la mauvaise foi de certains revendeurs, avec une passivité des autorités publiques, les associations de consommateurs, elles, ont choisi la voie du silence. Un silence incompréhensible qui ressemble à une démission. En effet, aucune de ces associations n’a osé monter au créneau pour défendre les intérêts des consommateurs béninois.
Aucune initiative visible n’a été prise pour engager des discussions avec les acteurs de la filière ou réclamer des mesures urgentes pour soulager les populations. Pourtant, le ciment constitue l’un des piliers essentiels du secteur immobilier. Derrière chaque augmentation du prix du ciment, ce sont des familles qui voient leurs rêves de construction partir en fumée. Ce sont des chantiers qui s’arrêtent brutalement faute de moyens supplémentaires. Face à une telle situation, le rôle des associations de consommateurs devrait être central, mais elles brillent davantage par leur absence. Cette attitude n’étonne d’ailleurs plus grand monde. Depuis plusieurs années, les associations de défense des consommateurs au Bénin semblent avoir développé une culture du mutisme.
Qu’il s’agisse des crises dans le secteur des télécommunications, des augmentations de certains produits de grande consommation comme le pain ou des nombreuses difficultés auxquelles les populations sont confrontées au quotidien, ces organisations se montrent rarement offensives. Cela amène à se demander à quoi servent ces associations de consommateurs au Bénin. Sont-elles encore capables de jouer leur rôle de veille et d’alerte ? Le silence observé autour de la hausse du prix du ciment risque de renforcer davantage l’appréhension des citoyens envers ces structures, car une association de défense des consommateurs qui demeure silencieuse pendant que les consommateurs souffrent perd progressivement sa raison d’être.
Mohamed Yèkini