Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le Liban et Israël ont entamé des négociations directes à Washington. Mais l’absence du Hezbollah et la poursuite des combats fragilisent déjà les espoirs d’accord.
Une rencontre qualifiée d’« historique » s’est ouverte ce 14 avril à Washington entre des représentants du Liban et d’Israël, sous l’égide des États-Unis. Il s’agit des premiers pourparlers directs entre les deux pays depuis des décennies, dans un contexte de guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah.
L’objectif affiché diffère toutefois selon les parties. Côté libanais, les autorités espèrent obtenir un cessez-le-feu et mettre fin aux bombardements qui ont fait plus de 2 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes. Israël, de son côté, conditionne toute avancée au désarmement du Hezbollah, considéré comme une menace stratégique et un relais de l’Iran.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a salué une « opportunité historique », tout en reconnaissant qu’aucune percée rapide n’était attendue en raison de la profondeur des divergences.
Sur le terrain, la situation reste explosive. Alors même que les discussions débutaient, des tirs de roquettes du Hezbollah ont visé le nord d’Israël, tandis que l’armée israélienne poursuit ses opérations au Liban sud.
Ces négociations interviennent dans un contexte régional tendu, marqué par les répercussions du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, et par une fragilisation accrue de l’État libanais.
Des négociations sans le Hezbollah
L’un des principaux points de fragilité de ces pourparlers réside dans l’absence du Hezbollah, acteur central du conflit. Le mouvement chiite, soutenu par l’Iran, a rejeté les discussions, les qualifiant de « capitulation » et affirmant qu’il ne respecterait aucun accord issu de ces négociations.
Cette exclusion pose un problème majeur. En termes clairs, le Hezbollah constitue une force militaire incontournable au Liban, souvent décrit comme un « État dans l’État », capable d’imposer ses décisions en matière de guerre et de sécurité.
Plusieurs analystes estiment dès lors que ces pourparlers risquent d’être inefficaces. « Il sera très difficile de parvenir à un accord », confie ainsi un ancien responsable israélien de la Défense, soulignant l’écart entre les exigences sécuritaires d’Israël et la capacité réelle du Liban à contrôler le Hezbollah.
D’autres observateurs pointent l’absence de levier du gouvernement libanais, affaibli politiquement et incapable d’imposer un désarmement du mouvement.
En l’état, ces discussions apparaissent donc comme un pari diplomatique risqué. Pour plusieurs, sans implication du principal acteur armé sur le terrain, tout accord pourrait rester théorique, voire inapplicable.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU