Du 22 au 26 septembre, puis le 28 septembre 2026, 194 délégations ont pris la parole au débat général de la 81e Assemblée générale de l’ONU, dont 113 chefs d’État et de gouvernement, un prince héritier, 11 vice-présidents, sept vice-Premiers ministres et 48 ministres. De New York, les représentants africains se sont prononcés sur les principaux dossiers internationaux, de la paix à la dette, du climat à l’intelligence artificielle : voici les grandes revendications portées par l’Afrique.
1. Une place permanente au Conseil de sécurité
C’est la revendication qui a le plus traversé les interventions africaines. Les représentants du continent ont rappelé que les 54 États africains représentent plus du quart des membres de l’ONU, sans disposer d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Le président kényan William Ruto a estimé que ce déséquilibre pouvait correspondre au monde de 1945, mais plus à celui d’aujourd’hui.
Le Ghana, le Congo-Brazzaville, l’Algérie, la Sierra Leone, l’Eswatini et plusieurs autres délégations ont réaffirmé la position commune de l’Union africaine. À travers le Consensus d’Ezulwini, l’Afrique réclame deux sièges permanents avec les prérogatives attachées à ce statut, ainsi que cinq sièges non permanents.
2. Souveraineté, sécurité et nouvelles approches africaines face au terrorisme
Sur la sécurité, les interventions africaines n’ont pas porté un message totalement uniforme. Les représentants de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — ont surtout défendu leur souveraineté et leur volonté de construire leurs propres réponses aux menaces sécuritaires. Le Burkina Faso a présenté la Confédération AES, réunissant les trois pays autour de la devise « Un peuple, un espace, un destin », tandis que le Mali a réaffirmé son rejet des ingérences extérieures.
À la tribune, le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a notamment établi un lien entre l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 et la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel. Il a également appelé à ne pas établir de distinction entre « bon » et « mauvais » terrorisme.
Le Bénin a défendu une approche différente, davantage tournée vers la coopération entre États voisins. À travers sa nouvelle doctrine de « bon voisinage », Cotonou met l’accent sur le partage de renseignements, la coordination et les opérations conjointes contre les groupes terroristes. Le message béninois rejoint ainsi l’idée d’une réponse africaine aux problèmes sécuritaires, mais en privilégiant la coopération régionale plutôt qu’une logique d’isolement.
RDC, Soudan, Sahel et Libye ont occupé une place importante dans les interventions. Plusieurs pays ont demandé que les mécanismes africains de médiation et de prévention des conflits soient davantage soutenus.
À la tribune, le Rwanda a défendu une lecture politique de la crise dans l’Est de la RDC. Kinshasa, de son côté, a accusé Kigali de soutenir l’AFC/M23 et demandé l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité. « Nous n’avons pas besoin de nouveaux textes […] Ce dont nous avons besoin, c’est de leur mise en œuvre », a déclaré la Première ministre congolaise Judith Suminwa.
3. Une réforme de l’architecture financière internationale
La dette, le financement du développement et les inégalités ont constitué un autre axe majeur. L’Afrique du Sud a notamment dénoncé les déséquilibres de la richesse mondiale et le poids du service de la dette sur les économies africaines.
Le Cameroun a également plaidé pour une réforme de l’architecture financière internationale afin de donner aux pays du Sud une place plus équitable dans le système économique mondial.
4. Un financement climatique plus accessible
Les États africains ont insisté sur leur vulnérabilité face aux sécheresses, inondations, cyclones et autres catastrophes climatiques. Le Malawi a notamment demandé des financements climatiques concessionnels plutôt que des mécanismes susceptibles d’alourdir davantage la dette.
L’Afrique du Sud a, elle, souligné l’écart entre les besoins des pays en développement et les financements effectivement disponibles.
5. La sécurité hydrique comme priorité
L’Égypte a placé la question du Nil au centre de son intervention. Le Premier ministre Moustafa Madbouly a qualifié la sécurité hydrique de question « existentielle » et le Nil de « bouée de sauvetage » pour son pays.
Le Caire a défendu la coopération entre États partageant des ressources hydriques transfrontalières et rejeté les mesures unilatérales, dans un contexte marqué par le différend autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne.
6. Transformer davantage les ressources africaines sur le continent
Les interventions ont également mis l’accent sur les minerais critiques, l’industrialisation et le commerce intra-africain. L’objectif défendu est de dépasser le simple rôle de fournisseur de matières premières et de développer davantage les chaînes de valeur locales.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a été présentée comme l’un des instruments permettant d’accroître le commerce et la transformation économique du continent.
7. Une meilleure place de l’Afrique dans la gouvernance de l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle a constitué l’un des thèmes du débat général. Les représentants africains ont défendu une gouvernance qui ne soit pas définie uniquement par les grandes puissances technologiques et ont insisté sur l’accès aux technologies, aux compétences et aux infrastructures numériques.
La jeunesse africaine a également été présentée comme un atout majeur. La Zambie a notamment rappelé qu’en 2050, un jeune sur quatre dans le monde sera africain.
8. Défendre le multilatéralisme et l’application du droit international
Enfin, plusieurs délégations africaines ont appelé à préserver le multilatéralisme et à éviter l’application sélective du droit international. Gaza, l’Ukraine et les conflits africains ont servi de références dans plusieurs interventions.
Le Togo a plaidé pour « encore plus de multilatéralisme, et encore plus d’ONU », tandis que la Gambie a insisté sur la nécessité de rester à la table des négociations, même lorsque les États sont en désaccord.