En appelant les maires et les préfets à ne plus laisser passer les comportements qui constituent des freins au développement, mais à agir par la pédagogie et surtout par l’exemplarité, le président Romuald Wadagni pose les bases d’une nouvelle philosophie de l’action publique. Un message qui résonne aussi comme une leçon indirecte tirée des méthodes de gouvernance de son prédécesseur, Patrice Talon.
« Ce que mes yeux voient qui constitue des freins, je ne le laisse plus passer. Il faut de la pédagogie, pas de violence. Faut pas brutaliser les gens. Vous donnez l’exemple ». En s’adressant ainsi aux maires et aux préfets lors du lancement des pôles de développement territorial, le président Romuald Wadagni n’a pas seulement donné des instructions. Il a livré une véritable leçon de gouvernance, car derrière cette exhortation à l’exigence, se dessine une conception de l’autorité qui privilégie la sensibilisation, l’exemplarité et la responsabilité personnelle. Pour le chef de l’État, le développement à la base commence aussi par les comportements de ceux qui représentent l’État central dans les territoires. Cette résolution prend une portée particulière lorsqu’on la met en perspective avec certaines méthodes employées sous la présidence de Patrice Talon.
Les opérations de libération des espaces publics, notamment celles engagées dès 2017, ont parfois reposé sur des interventions manu militari et des démolitions. La répression des infractions au Code de la route, notamment autour du port du casque, a également illustré une politique d’application stricte des règles. Il ne s’agit évidemment pas de nier la nécessité de faire respecter les règles, mais le message de Wadagni introduit une nuance essentielle, faire respecter l’ordre ne signifie pas nécessairement brutaliser ceux qui le transgressent.
En demandant aux maires et aux préfets de « donner l’exemple », le président de la République inverse d’une manière la logique traditionnelle de l’autorité. Le responsable public n’est plus seulement celui qui ordonne, sanctionne ou fait appliquer. Il devient celui qui montre d’abord, explique ensuite et corrige lorsque cela est nécessaire. Comme quoi, la charité bien ordonnée commence par soi-même. C’est donc une véritable feuille de route comportementale que Romuald Wadagni adresse aux autorités territoriales.
Aux maires comme aux préfets de s’en inspirer, car si cette philosophie doit produire des résultats, elle devra désormais être visible sur le terrain notamment dans la lutte contre l’insalubrité, la libération des espaces publics, le respect de la circulation et, plus largement, dans les rapports entre l’administration et les citoyens. La rupture annoncée se mesure aussi donc à la manière de gouverner.
Alassane Touré