Dans les points de vente, le prix du charbon de bois a nettement augmenté ces dernières semaines. Si les consommateurs constatent une raréfaction du produit, la situation observée dans les zones de production laisse apparaître un paradoxe : les sacs existent, parfois en grande quantité, mais leur acheminement vers les centres de consommation est perturbé. Au cœur de cette situation, la mise en œuvre effective des conditions de circulation du bois-énergie, à laquelle s’ajoutent les contraintes liées aux précipitations.
Le charbon de bois est désormais cédé à des prix qui surprennent les consommateurs béninois. À Cotonou notamment, le sachet qui se vendait autour de 250 francs Cfa est proposé dans certains points de vente à environ 500 francs Cfa. Une situation qui a un impact direct sur les dépenses quotidiennes des familles, alors que ce combustible demeure largement utilisé pour la cuisson dans beaucoup de ménages. Pour certains l, cette flambée peut être interprétée comme une conséquence d’une pénurie du produit. En réalité, il n’en est pas question. L’explication est plus complexe. Dans les zones de production, des stocks de sacs de charbon sont toujours disponibles malgré les précipitations qui menacent les périodes de productions dans certaines localités du pays. Plusieurs camions chargés de marchandises attendent même leur convoyage vers les marchés de consommation. Le problème se situe donc dans la circulation du produit entre les zones de production et les lieux de vente.
Une réforme désormais au cœur de la chaîne d’approvisionnement
En janvier 2025, l’administration forestière a rappelé les conditions particulières applicables au transport du bois-énergie. Le charbon de bois et le bois de feu ne peuvent circuler sans un titre de transport, lui-même obtenu après paiement des taxes et redevances en ligne. Le montant annoncé est de 630 francs Cfa par sac de charbon de bois et de 735 francs Cfa par stère de bois de feu. Les quantités transportables sont également encadrées selon le type de véhicule, 30 sacs pour une 404 bâchée, 220 sacs pour un camion de 15 tonnes et jusqu’à 500 sacs pour un Titan. Pour l’autoconsommation, la limite est fixée à deux sacs de charbon par moyen de transport. Cette mesure vise en réalité à mieux encadrer la circulation des produits forestiers et à assurer le paiement des taxes. Néanmoins, sa mise en œuvre rencontre une difficulté très concrète, l’incapacité des transporteurs et opérateurs de la filière à payer les frais en ligne.
Dans une filière où la majorité des acteurs ne sont pas familiers avec les procédures numériques, le paiement en ligne deviun ent obstacle supplémentaire. Le titre de transport étant nécessaire pour franchir les différents contrôles, le camion qui ne dispose pas du document ne peut pas acheminer normalement sa cargaison. Les producteurs continuent de fabriquer le charbon, les sacs s’accumulent dans les zones de production, mais une partie de l’offre ne parvient plus régulièrement aux consommateurs. Face à une demande persistante et à une arrivée plus limitée des cargaisons, certains transporteurs font des spéculations.
À leur tour, les revendeurs intègrent ces coûts dans leurs prix de vente. Le consommateur paie la facture. La hausse observée ces dernières semaines intervient par ailleurs dans un contexte météorologique peu favorable. Les bulletins météorologiques font état d’une activité pluvio-orageuse sur plusieurs régions du pays en septembre, avec des risques de fortes pluies notamment dans les Collines et le Zou. Ces conditions peuvent compliquer les opérations de production, de stockage et surtout d’acheminement du bois-énergie.
Faciliter la tâche aux transporteurs
L’enjeu, désormais, est de trouver le juste milieu entre la réglementation de l’exploitation, le transport du bois-énergie et la continuité de l’approvisionnement des ménages. L’administration forestière gagnerait à mettre en place des mesures d’accompagnement des transporteurs, particulièrement dans les principales zones de production. Des points focaux ou guichets d’assistance, capables d’aider les opérateurs à effectuer les déclarations et les paiements en ligne, peuvent contribuer à accélérer la procédure et faciliter la circulation des camions bloqués. Cela permettra de rendre la réforme opérationnelle, car derrière les sacs immobilisés dans les zones de production, il y a des ménages qui souffrent. L’urgence est donc de faciliter la circulation légale du produit pour le bonheur des populations.
Mohamed Yèkini