La réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger, notamment au niveau du corridor Malanville-Gaya, semblait se rapprocher après plusieurs mois de rapprochement diplomatique. Mais la dernière déclaration du porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, relance les incertitudes.
Devant la presse béninoise ce 5 août, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a respecté la tradition, en apportant des clarifications sur les différents sujets d’actualité au Bénin. Interrogé sur la réouverture de la frontière Gaya-Malanville, fermée depuis 2023 du côté nigérien, les réponses de Wilfried Houngbédji donnent l’impression d’un blocage du dossier par le gouvernement nigérien.
« Le Bénin a fait déjà, les efforts, les démarches qu’il doit faire. (…) S’il reste encore quelque chose d’objectif que nous n’avons pas encore fait, qu’on nous montre : que c’est effectivement quelque chose d’objectif qui reste à faire. Nous le ferons », a-t-il déclaré. « Mais, je crois que nous avons fait tout ce qu’il y avait à faire », a-t-il conclu. Une réponse qui donne le sentiment que la balle est désormais dans le camp nigérien.
Pourtant, les deux pays avaient affiché une volonté claire d’apaisement. Le 2 juin, le président béninois Romuald Wadagni s’était rendu à Niamey, où il avait été accueilli avec les honneurs par le général Abdourahamane Tiani. Un comité d’experts béninois et nigérien avait ensuite été mis en place pour identifier les obstacles à la réouverture de la frontière. Réunis à Cotonou les 20 et 21 juin, les experts avaient jugé leurs échanges constructifs avant de soumettre leurs conclusions aux dirigeants des deux pays.
Mais Niamey a ensuite posé deux conditions jugées « non négociables » : un accord de défense et de sécurité fondé sur la non-agression, ainsi qu’une transparence sur les dispositifs militaires étrangers proches des frontières, avec l’idée d’une cellule commune de renseignement. Ces exigences prolongent les accusations anciennes de Niamey contre Cotonou, qui a toujours nié abriter des bases militaires étrangères.
Le véritable problème semble donc être celui de la confiance. Le principe de non-agression peut, en soi, être considéré comme une garantie mutuelle de respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Mais la question de la transparence militaire est plus sensible. Le Bénin peut considérer qu’il relève de sa souveraineté de choisir ses partenaires et sa coopération sécuritaire. Niamey, de son côté, semble demander des garanties concrètes pour s’assurer que le territoire béninois ne puisse pas servir à une action hostile contre son territoire.
Les propos de Tiani le 25 juillet dernier, sur les « plaies » à panser montrent que le contentieux dépasse désormais la simple réouverture d’un poste frontalier. La dernière déclaration de Cotonou, en renvoyant la responsabilité à Niamey, ne permet donc pas de savoir si les deux capitales sont réellement proches d’un compromis.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU