Quelques jours après son installation, le Sénat béninois tient désormais son premier président. Les vingt-cinq sénateurs appelés à désigner le responsable de cette nouvelle institution ont porté leur choix sur l’ancien président de la République, Patrice Talon. Avec une majorité absolue des suffrages exprimés, celui qui a dirigé le Bénin pendant deux mandats devient le premier président de la deuxième chambre du Parlement. Un choix qui, au regard du contexte politique et institutionnel, ne constitue guère une surprise.
Depuis la révision constitutionnelle du 15 novembre 2025 ayant consacré la création du Sénat, Patrice Talon était déjà pressenti pour prendre les rênes à la fin de son mandat présidentiel. Cette réforme est en effet l’une des plus importantes de son second quinquennat. En introduisant une deuxième chambre parlementaire dans l’architecture institutionnelle du pays, l’ancien chef de l’État veut renforcer le Parlement et m les mécanismes de gouvernance prévus par la nouvelle Constitution. Son élection apparaît donc comme l’aboutissement logique d’un processus qu’il a lui-même initié et commandé.
Principal artisan de la création du Sénat, Patrice Talon est sans doute celui qui maîtrise le mieux la philosophie, les objectifs et les ambitions qui sous-tendent cette nouvelle institution. Dans ces conditions, briguer la présidence de la première mandature relevait presque de l’évidence. Il était difficile d’imaginer qu’une autre personne autre que lui occupe ce poste. D’ailleurs, le score enregistré lors du scrutin confirme cette réalité. En obtenant 24 voix sur 25, Patrice Talon démontre qu’il bénéficiait déjà d’un large consensus parmi ses pairs. Ce résultat traduit une adhésion quasi unanime à sa candidature et vient confirmer ce qui était annoncé depuis plusieurs mois. Cette large adhésion s’explique également par la composition même du Sénat.
Une bonne partie des sénateurs ont collaboré avec Patrice Talon au cours de ses dix années passées à la tête de l’État. D’autres ont accompagné ses réformes ou lui ont apporté leur soutien à différentes étapes de sa carrière politique. Les sénateurs avaient donc peu de raisons de tourner le dos à celui qui demeure la figure centrale de cette réforme institutionnelle. Au-delà du symbole, cette élection ouvre désormais une nouvelle séquence politique. Le premier défi de Patrice Talon sera de donner toute sa crédibilité à une institution encore jeune et dont les missions devront progressivement convaincre les citoyens de son utilité. Si son élection n’a surpris personne, c’est désormais son action à la tête du Sénat qui sera scrutée avec attention.
Alassane Touré