En voulant rassurer les consommateurs après la refonte des offres internet de MTN et Moov Africa, le Secrétaire exécutif de l’Arcep, Hervé Guedegbe, a surtout défendu la conformité réglementaire des nouveaux catalogues tarifaires. Mais derrière ce discours technique, plusieurs interrogations majeures restent sans réponse. Le régulateur protège-t-il encore suffisamment les usagers ou privilégie-t-il l’équilibre économique des opérateurs ? Derrière cette polémique se dessine surtout une réalité économique que l’Arcep évite d’aborder publiquement.
Pour l’Arcep, les nouvelles offres sont conformes à la réglementation. Sur le plan juridique, l’argument est recevable. Mais cette conformité suffit-elle à justifier une hausse qui complique davantage l’accès à internet pour de nombreux Béninois ?
En effet, tout au long de son intervention, Hervé Guedegbe a évoqué les tarifs planchers, les plafonds réglementaires et le droit des opérateurs d’adapter leurs offres. Pourtant, une question fondamentale reste entière : les réalités économiques des ménages ont-elles été suffisamment prises en compte ? Dans un pays où le SMIG demeure fixé à 52 000 FCFA, demander à un étudiant ou à un travailleur du secteur informel de consacrer au moins 15 000 FCFA pour bénéficier d’une offre avec le « service plus » paraît difficilement conciliable avec l’ambition de rendre le numérique accessible à tous.
Le gouvernement mise pourtant sur la digitalisation des services publics, le développement de l’e-learning et la transformation numérique. Comment atteindre ces objectifs si une partie importante de la population peine désormais à s’offrir un forfait internet mensuel ? Une autre interrogation mérite d’être posée. L’Arcep dispose-t-elle des statistiques de consommation des abonnés lorsque les forfaits mensuels étaient limités à 15 000 FCFA, puis après l’arrivée des offres à 5 000 FCFA ? Si ces données existent, pourquoi ne pas les publier afin d’étayer son argumentaire ? En privilégiant essentiellement le respect de la réglementation, l’Arcep donne l’impression de défendre davantage les opérateurs que les consommateurs. Pourtant, la mission d’un régulateur consiste aussi à garantir un accès équitable à un service devenu indispensable pour étudier, travailler, entreprendre et communiquer.
Une logique économique passée sous silence
Si l’Arcep ne l’affirme pas ouvertement, plusieurs éléments permettent de comprendre cette refonte tarifaire. Il y a quelques années encore, les opérateurs réalisaient l’essentiel de leurs revenus grâce aux appels téléphoniques et aux SMS. Aujourd’hui, avec un simple forfait internet, la majorité des abonnés communique via WhatsApp, Messenger ou d’autres applications. Les appels classiques et les SMS payants sont en net recul.
Cette évolution réduit naturellement les revenus traditionnels des opérateurs. Pour continuer à investir dans la fibre optique, préparer la 5G et entretenir leurs infrastructures, ils cherchent progressivement à transférer leurs recettes vers la consommation de données mobiles. L’État n’est pas non plus étranger à cette logique. Si les revenus des opérateurs diminuent, les recettes fiscales qu’ils génèrent baissent également. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances, aujourd’hui président de la République, Romuald Wadagni, expliquait d’ailleurs que l’utilisation massive des réseaux sociaux pour communiquer entraînait une perte de revenus pour les sociétés de télécommunications et, par ricochet, pour l’État.
Mais une question demeure : est-il normal que les consommateurs supportent seuls le coût de cette évolution technologique ? Les Béninois n’ont pas choisi de remplacer les appels classiques par internet ; c’est l’évolution du monde qui l’impose. Aujourd’hui, familles, étudiants, travailleurs et entrepreneurs utilisent internet comme principal moyen de communication.
Faire reposer cette mutation sur des ménages dont les revenus stagnent risque d’accentuer la fracture numérique. Le véritable défi consiste donc à trouver un équilibre entre la rentabilité des opérateurs et le droit des citoyens à un internet réellement accessible. C’est sur ce terrain que l’Arcep est aujourd’hui attendue.
ASG