Dans une lettre ouverte en date du 1er juillet 2026 et adressée au Président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, l’Ambassadeur Omar Arouna, touché par l’intelligence, l’éloquence et la maturité de Dodi Daguia, fils de l’ancienne ministre Reckya Madougou lors de la prononciation du discours de sa promotion, a invité le chef de l’Etat actuel «à poser un acte de grandeur ». « Pendant que tous les regards étaient tournés vers lui, pendant que ses camarades recevaient les félicitations, les embrassades et les regards fiers de leurs parents, une absence demeurait », a déclaré l’Ambassadeur avant d’ajouter : « Une absence que personne ne pouvait combler : celle de sa mère, qui aurait dû être présente pour assister à l’un des plus beaux jours de la vie de son fils ». Pour lui, « cette absence n’était pas seulement celle de Reckya Madougou » mais, dit-il, « le reflet des blessures que notre vie politique continue d’infliger à de nombreuses familles béninoise »s.
Ambassador Omar Arouna, MBA
Bethesda MD20817
USA
Email : arounaomar@gmail.com
Washington, D.C., le 1er juillet 2026
À Son Excellence
Monsieur Romuald Wadagni
Président de la République du Bénin
Palais de la Marina
Cotonou
Objet : Un jeune diplômé, une mère absente, une occasion d’entrer dans l’Histoire
Monsieur le Président,
Hier, j’ai assisté de très loin par clips vidéo interposés à un événement qui, dans un autre contexte, n’aurait été qu’une heureuse cérémonie de fin d’études. Pourtant, en regardant la vidéo cette graduation, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à vous.
À l’École Française Montaigne de Cotonou, des dizaines de jeunes célébraient l’aboutissement d’un premier grand chapitre de leur vie. Ils riaient, ils rêvaient, ils regardaient l’avenir avec cette confiance que seule la jeunesse sait porter.
Parmi eux se trouvait un jeune homme qui s’est distingué par son intelligence, son éloquence et sa maturité. Son nom est Dodi Daguia. Choisi par ses camarades pour prononcer le discours de sa promotion, il l’a fait avec une remarquable maîtrise, une profondeur de réflexion et une élégance qui laissent présager un avenir exceptionnel.
Je me permets de vous transmettre la vidéo de son intervention ainsi que quelques photographies de cette journée.
Si je prends la liberté de solliciter quelques minutes de votre temps, ce n’est pas seulement parce que ce jeune homme mérite d’être connu.
C’est parce qu’il est le fils aîné de Madame Reckya Madougou.
Pendant que tous les regards étaient tournés vers lui, pendant que ses camarades recevaient les félicitations, les embrassades et les regards fiers de leurs parents, une absence demeurait silencieuse. Une absence que personne ne pouvait combler : celle de sa mère, qui aurait dû être présente pour assister à l’un des plus beaux jours de la vie de son fils.
J’ai regardé ce jeune homme avec admiration. Mais j’ai aussi pensé à cette mère qui n’a pas pu partager ce moment unique. Car il y a des instants dans une vie qui ne reviennent jamais.
Cette absence n’était pas seulement celle de Reckya Madougou.
Elle était le reflet des blessures que notre vie politique continue d’infliger à de nombreuses familles béninoises.
Monsieur le Président,
Je mesure pleinement les immenses responsabilités qui sont désormais les vôtres. Je sais que votre temps est précieux et que les défis auxquels notre pays fait face sont nombreux.
Je sais également que beaucoup de Béninois reconnaissent les progrès accomplis dans la modernisation de l’État, dans les infrastructures et dans les performances économiques.
Mais permettez-moi de vous dire avec beaucoup de respect que les infrastructures, aussi indispensables soient-elles, ne suffisent pas à bâtir une Nation.
L’Histoire distingue toujours les dirigeants qui développent un pays de ceux qui réconcilient un peuple.
Les premiers construisent des routes, des ponts, des hôpitaux et des universités.
Les seconds construisent la confiance, referment les blessures et rendent à leur Nation son unité.
Vous êtes aujourd’hui dans une position unique.
Vous pouvez ouvrir une nouvelle page de notre histoire.
Vous pouvez rendre à des enfants leurs parents.
Vous pouvez rendre à des parents leurs enfants.
Vous pouvez permettre à des familles de retrouver la paix.
Vous pouvez permettre à des compatriotes contraints à l’exil de rentrer chez eux avec dignité.
Vous pouvez faire en sorte que les divergences politiques cessent d’être des fractures humaines.
Je ne vous demande pas un acte de faiblesse.
Je vous invite à poser un acte de grandeur.
Car la compassion n’affaiblit jamais l’autorité.
Elle lui donne une dimension morale.
Le pardon n’efface pas les convictions.
Il élève la République.
La réconciliation nationale n’est pas une concession politique.
Elle est l’expression la plus élevée de la force d’un Chef d’État qui gouverne avec confiance plutôt qu’avec crainte.
En regardant Dodi hier, je ne voyais pas seulement le fils de Reckya Madougou.
Je voyais un jeune Béninois brillant, digne, prometteur, qui mérite d’entrer dans sa vie d’adulte sans continuer à porter le poids des fractures politiques héritées de la génération qui l’a précédé.
Je voyais aussi des milliers d’autres jeunes Béninois qui aspirent à grandir dans un pays où les différences d’opinion ne séparent plus les familles et ne privent plus des enfants de la présence de leurs parents.
Monsieur le Président,
Le peuple béninois, tout comme la communauté internationale, observera naturellement les résultats économiques de votre mandat.
Mais je suis convaincu que votre véritable héritage se jouera ailleurs.
Le jour où vous déciderez de faire prévaloir la compassion sur les divisions.
Le jour où vous permettrez la libération des prisonniers politiques.
Le jour où vous ouvrirez la voie au retour des exilés.
Le jour où vous engagerez le Bénin sur le chemin d’une véritable détente politique et d’une réconciliation nationale durable.
C’est peut-être ce jour-là que vous entrerez pleinement dans l’Histoire.
Car l’Histoire ne demande pas seulement aux chefs d’État ce qu’ils ont construit.
Elle leur demande combien de familles ils ont réunies.
Combien de blessures ils ont refermées.
Combien d’espérance ils ont rendue à leur peuple.
Ne laissez pas passer cette occasion.
Les infrastructures construisent un État.
La compassion construit une Nation.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Ambassadeur Omar Arouna, MBA