Après plus d’une année de suspension, le procès relatif à l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo, ancien cadre du ministère des Finances, a enfin repris le vendredi 26 juin 2026 devant le Tribunal de première instance de Cotonou. Une reprise très attendue par la famille de la victime et une opinion publique qui espérait enfin voir ce dossier vieux de seize ans connaître un véritable dénouement. Malheureusement, au terme de cette nouvelle audience, les lignes n’ont pas bougé.
Le dossier relatif au procès de l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo est renvoyé au 03 juillet 2026. À peine les débats relancés, ils ont été ponctués par des suspensions, des discussions procédurales et des demandes de comparution de nouveaux témoins. Finalement, le président du céans a décidé de renvoyer le dossier sans qu’aucun élément véritablement nouveau ne soit porté pour la manifestation de la vérité. Une situation qui nourrit davantage les interrogations que des réponses.
En effet, depuis l’ouverture du procès en mars 2025, de nombreux témoins se sont succédé à la barre notamment les médecins légistes, les officiers de police judiciaire, les responsables de téléphonie mobile, des anciens responsables des services de sécurité et même d’autres personnes impliquées. Pourtant, malgré ces longues audiences, les zones d’ombre demeurent nombreuses. Plus troublant encore, le frère de la victime, Grégoire Dangnivo, a affirmé devant le tribunal qu’il ne croit pas que les deux accusés, Codjo Alofa et Donatien Amoussou, soient les véritables auteurs du crime. Une déclaration qui relance les débats sur les tenants et les aboutissants de cette procédure.
Les demandes formulées au cours de cette reprise d’audience illustrent également les nombreuses attentes qui entourent ce procès. La comparution réclamée de l’ancien Directeur général de la Police nationale, Louis Philippe Houndégnon, après ses déclarations publiques affirmant détenir des informations sur le dossier, montre que plusieurs acteurs estiment que toute la lumière n’a pas encore été faite sur cette affaire. Seize années après la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, les populations et la famille de la victime continuent d’attendre des réponses claires. Or, plus le procès dure sans avancées majeures, plus le doute s’installe dans l’opinion. Beaucoup commencent à se demander si l’objectif premier reste réellement la manifestation de la vérité ou si ce dossier n’est pas progressivement en train de devenir un terrain de confrontation politique.
Cette opinion est renforcée par les déclarations faites à l’audience rappelant que Pierre Urbain Dangnivo était considéré comme un opposant au pouvoir en place au moment de sa disparition. Dès lors, chaque audience semble soulever des évènements passés à caractère politique plutôt que rapprocher les parties d’une vérité judiciaire. Le renvoi du dossier au 3 juillet constitue donc un nouveau rendez-vous. Les prochaines audiences devront dépasser les considérations politiques pour s’attacher aux faits. La justice ne peut se permettre de faire croire qu’elle sert d’autres intérêts que celui de la recherche de la vérité, car au-delà des débats, une famille attend toujours de connaître toute la vérité sur les circonstances de la disparition de son proche.
Alassane Touré