Le gouvernement béninois a engagé une nouvelle phase de son programme d’aménagement de la Route des pêches. Conformément au décret n°2025-521 du 03 septembre 2025, les opérations de démantèlement des constructions en matériaux précaires ont démarré depuis le 22 juin 2026 dans la zone comprise entre les Résidences Marie Stella à Cotonou et la Porte du Non-Retour à Ouidah. Si cette décision s’inscrit dans une logique d’urbanisation moderne, elle soulève néanmoins une préoccupation majeure : le sort réservé aux populations qui y vivaient.
A quelle sauce seront cuisinées les populations qui habitaient les constructions en matériaux précaires qui seront démolies par les autorités ? Bien malin qui pourra répondre. En effet, derrière les habitations faites de bois, de tôles ou de matériaux de récupération se trouvent des familles, des femmes et des enfants qui, faute de moyens, n’ont pas d’autre endroit où habiter. Une fois les démolitions achevées, beaucoup risquent de rejoindre les rangs des sans-abris, avec toutes les conséquences sociales que cela implique notamment la précarité accrue, l’exposition aux intempéries et l’aggravation de la pauvreté sans oublier l’insécurité.
Certes, nul ne peut contester le droit de l’État de faire respecter les textes en vigueur et d’assurer une viabilisation du territoire national. Cependant, la rigueur administrative ne devrait pas occulter la dimension humaine et sociale de cette opération. Gouverner, c’est aussi prévoir les conséquences sociales des décisions publiques. Dans un contexte où de nombreuses familles vivent dans des constructions précaires par nécessité, les opérations de démolition bien qu’elles soient pour la bonne cause, gagneraient à être accompagnées de mesures sociales permettant aux personnes affectées de se reloger dans des conditions optimales.
Il peut s’agir d’un accompagnement social, d’aides au relogement ou encore de programmes de logements accessibles. Il est de la responsabilité de tout État de veiller à offrir à ses citoyens des conditions minimales de vie et de sécurité. La protection des populations les plus vulnérables doit rester une priorité, même lorsqu’il s’agit d’appliquer des décisions d’intérêt général. La modernisation du littoral béninois ne devrait plus faire des victimes. Le gouvernement est donc appelé à compléter cette opération de démolition par des mesures d’accompagnement concrètes. Un État fort ne se mesure pas seulement à sa capacité de faire appliquer la loi, mais aussi à sa volonté de protéger les plus vulnérables face aux conséquences de l’application de la loi.
Mohamed Yèkini