Le Sénat au Bénin a été créé le 15 novembre 2025 à la suite du vote de la révision de la Constitution du 11 décembre 1990. La loi instaurant cette chambre haute a été promulguée le 17 décembre 2025, faisant officiellement du Parlement béninois une institution bicamérale composée de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Le vendredi 15 mai 2026 à Cotonou, l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP), avec l’appui de la Konrad-Adenauer-Stiftung, a organisé un débat consacré au thème : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ». Un débat auquel ont pris part Victor Topanou, maître de conférences en science politique à l’Université d’Abomey-Calavi et ancien ministre, l’honorable Habibou Woroucoubou ainsi que Luc Martin Hounkanrin. Au cours de ce panel, les acteurs politiques et experts ont donné leur avis sur la création du Sénat.
Les inquiétudes
L’ancien député Habibou Woroucoubou a d’abord exprimé son inquiétude. Il a déclaré que l’architecture constitutionnelle du Bénin, avec la création du Sénat, « ne rassure personne en réalité », à l’exception de ses initiateurs. C’est surtout le pouvoir dévolu à cette nouvelle institution qui l’inquiète.
Selon lui, « le pouvoir qui est conféré aujourd’hui au Sénat donne matière à inquiétude, parce que la régulation de la vie politique lui est désormais dévolue ». En matière de législation, affirme l’ancien député du parti Les Démocrates, « il est dit clairement que toutes les lois votées à l’Assemblée nationale, qu’il s’agisse des lois constitutionnelles ou des lois relatives à l’activité politique, hormis la loi des finances et les lois de règlement, doivent recevoir l’avis de non-objection du Sénat ».
Aussi, poursuit-il, cette nouvelle institution a, d’une part, « la possibilité de sanctionner tous les acteurs politiques sans distinction, à l’exception du président de la République, du président de l’Assemblée nationale et du président du Conseil économique et social » et, d’autre part, « la possibilité de demander une seconde lecture, au même titre que le chef de l’État ».
Pour Habibou Woroucoubou, « ce n’est plus la justice qui réprime et sanctionne, c’est le Sénat qui sanctionne ». Selon lui, « il y a problème, il y a matière à s’inquiéter ». Il estime donc que « le Sénat devient finalement le législateur en dernier ressort ». Il a également déploré que les membres de cette institution ne soient pas élus « au suffrage universel ».
Quant à Luc Martin Hounkanrin, avocat au Barreau du Bénin, il a affirmé que lorsqu’il entend les attributions du Sénat, « il a peur ».
Le bémol de Victor Topanou
« Est-ce qu’on ne se fait pas peur inutilement ? », a lâché Victor Topanou.
Selon l’universitaire, « il est de la nature de certaines personnes de servir d’alerte, et lorsqu’elles le font, elles jouent leur rôle ». D’après lui, « il n’y a aucune raison de les critiquer ».
« Ce que j’attends des idées nouvelles, c’est juste qu’on soit capables de les évaluer à un moment donné. Et c’est la non-évaluation des nouvelles politiques qui est plutôt contraire à l’attitude intellectuelle », a-t-il ajouté.
L’ancien ministre de la Justice reconnaît qu’« il y a des dispositions dans cette nouvelle Constitution qui, d’une manière ou d’une autre, peuvent interpeller et ne pas rassurer ». Mais, optimiste par nature, le professeur Victor Topanou dit rester convaincu qu’« il y a des dispositions qui seront plutôt inapplicables ».
L’ancien député de la 9e législature dit « avoir le faible de le penser ». Car, explique-t-il, il ne voit pas, par exemple, les anciens présidents et personnalités comme Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi, Robert Dossou Holo, Bruno Amoussou, Mathurin Nago, Adrien Houngbédji et d’autres « se mettre ensemble pour sanctionner un acteur politique parce qu’il a tenu certains propos ».
C’est pourquoi il estime qu’une telle situation serait « difficilement réalisable ».
« Dans la vie des hommes, il est arrivé que l’on adopte des lois inapplicables ou des lois qu’on n’a pas été capables d’appliquer. Que ceux qui servent de lanceurs d’alerte jouent leur rôle, je le comprends parfaitement. Mais j’ai le faible de penser que même les dispositions qui paraissent les plus inquiétantes risquent de ne pas être applicables », a conclu l’universitaire.